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L’exigence de reddition des comptes pour les figures clés de l’ancien régime sénégalais reste d’une brûlante actualité, notamment en ce qui concerne l’ex-ministre de l’Intérieur Antoine Félix Diome. Alors que d’autres anciens dignitaires sont questionnés, Diome, l’un des plus radicaux, a choisi de se terrer dans un silence coupable. Ce mutisme, loin d’être anodin, pose question : est-ce une stratégie pour échapper à la justice, ou le signe qu’il bénéficie encore de protections ?
Dans un contexte où les familles des victimes de la répression attendent toujours des réponses, son absence des débats est une insulte à leur mémoire et une entrave à la promesse de rupture des nouvelles autorités.
Antoine Félix Diome a été ministre de l’Intérieur de 2020 à 2023, une période marquée par une répression violente de l’opposition, notamment lors des manifestations contre l’arrestation d’Ousmane Sonko. Surnommé le « sniper de Macky Sall », il a été l’artisan d’une gestion sécuritaire controversée, qualifiée par beaucoup de brutale et arbitraire. Les violences politiques de 2021 à 2024 ont causé la mort de 65 personnes, principalement des jeunes, et des centaines de blessés. Diome, en première ligne, a justifié ces actes par la nécessité de maintenir l’ordre, mais son rôle dans ces drames est aujourd’hui pointé du doigt par la société civile et les nouvelles autorités, qui promettent de faire toute la lumière sur ces événements.
Alors que des voix s’élèvent pour exiger des comptes, Diome reste introuvable. Il fuit les médias, décline les entretiens, et semble s’être effacé de la scène politique sans explication. Ce retrait volontaire est d’autant plus frappant qu’il contraste avec la situation d’autres anciens ministres, comme Ismaïla Madior Fall, qui, bien que critiqués, restent visibles et doivent répondre de leurs actes. Diome, lui, a choisi le mutisme, comme s’il savait que son cas était trop lourd à assumer. Son absence est d’autant plus choquante qu’elle survient alors que le gouvernement actuel promet une rupture avec les pratiques du passé et s’engage à enquêter sur les violences politiques.
Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce silence. Diome, conscient de la gravité des accusations portées contre lui, préférerait disparaître plutôt que d’affronter la justice et l’opinion publique. La seconde est celle d’une stratégie : en restant dans l’ombre, il espère que l’attention se portera sur d’autres, et que le temps effacera les mémoires.
Enfin, la troisième hypothèse, la plus troublante, est celle d’une protection. Qui, dans les sphères du pouvoir ou de l’administration, pourrait avoir intérêt à ce qu’il ne parle pas ? Son parcours de magistrat puis de ministre, marqué par des décisions controversées, suggère qu’il détient des informations gênantes pour d’autres acteurs.
Le plus grave, dans cette affaire, est l’oubli des victimes. Les familles des jeunes tués lors des manifestations attendent toujours justice. Leur douleur est ravivée par l’impunité apparente de ceux qui ont ordonné ou couvert ces violences. Le silence de Diome est une double peine : non seulement il refuse de répondre de ses actes, mais il contribue à entretenir un climat d’impunité qui mine la confiance dans les institutions. Comment croire en une véritable rupture si les principaux responsables de la répression ne sont pas convoqués devant la justice ?
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres contextes africains où des responsables de violences politiques ont pu échapper à toute sanction. En Guinée, par exemple, des opposants portés disparus depuis 2024 n’ont toujours pas été retrouvés, et leurs familles réclament en vain des réponses. Ces cas montrent à quel point l’impunité peut devenir systémique si les autorités ne prennent pas les mesures nécessaires pour la combattre.
L’affaire Antoine Félix Diome est un test pour la crédibilité de la transition sénégalaise. Tant que des figures comme lui pourront se soustraire à la justice sans conséquences, la promesse de rupture restera lettre morte. Il est temps que les nouvelles autorités passent des mots aux actes : convoquer Diome, l’obliger à s’expliquer, et garantir que les responsabilités seront établies.
La démocratie ne se construit pas sur l’oubli, mais sur la vérité et la justice. Le Sénégal mérite mieux qu’un silence complice. Il est temps de briser l’omerta et de rendre des comptes, pour l’honneur des victimes et pour l’avenir du pays.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Momar Sall.
Mis en ligne : 26/09/2025
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