Concurrence déloyale : Starlink fait trembler les opérateurs locaux - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - High-Tech | Par Eva | Publié le 20/02/2026 02:02:00

Concurrence déloyale : Starlink fait trembler les opérateurs locaux

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La coordination des syndicats des opérateurs télécoms, représentée par Mamadou Lamine Badji, secrétaire général de Sonatel, a tenu une conférence de presse le 19 février 2026 à Dakar pour exprimer ses réserves sur l’arrivée de Starlink au Sénégal. Les syndicats ont accusé l’opérateur satellitaire de créer une distorsion de concurrence en échappant, selon eux, aux mêmes obligations que les acteurs nationaux. Ils soulignent aussi des enjeux financiers pour l’État.

L’entrée annoncée de Starlink provoque une tension immédiate entre acteurs établis et nouvel entrant. Les syndicats revendiquent l’égalité de traitement réglementaire et mettent en garde contre des effets économiques durables si des régimes distincts étaient appliqués.

Le marché sénégalais compte déjà des acteurs comme Sonatel, Free Sénégal et Expresso Sénégal, qui ont payé des licences 4G et 5G comprises entre 5 et 100 milliards de francs CFA selon les montants versés lors des attributions récentes.

Les syndicats posent un point simple et chiffré: des opérateurs nationaux ont investi des sommes lourdes pour accéder au marché mobile et à la fibre, et ces ressources ont alimenté les recettes publiques et les investissements d’infrastructure. Permettre à Starlink d’exploiter une infrastructure satellitaire couvrant le territoire sans exiger les mêmes contributions reviendrait, selon eux, à créer une rente économique dont bénéficieraient principalement l’actionnaire et l’opérateur étranger.

Le mécanisme de distorsion tient à trois éléments concrets. D’abord, l’absence éventuelle d’obligations de licence ou la mise en place d’un régime réglementaire plus souple réduit le coût d’entrée pour Starlink, alors que les opérateurs locaux ont supporté des frais de licence et des investissements en spectre, en déploiement d’antennes et en backhaul. Ensuite, la capacité financière d’un acteur soutenu par des capitaux internationaux, dirigés par un actionnaire puissant comme Elon Musk, permet une stratégie tarifaire agressive qui peut siphonner des parts de marché sans amortir des coûts comparables. Enfin, la non-prise en compte des contributions fiscales et des redevances de spectre fragilise la capacité de l’État à percevoir des ressources cruciales pour le développement numérique et les services publics.

Les chiffres de licences servent d’argument de poids: des transferts de 5 à 100 milliards de francs CFA représentent des recettes non négligeables pour l’État et un gage d’engagement à long terme des opérateurs locaux. Si Starlink n’est pas soumis aux mêmes obligations, l’État perd non seulement des recettes immédiates mais aussi un levier pour encadrer la qualité de service, l’interconnexion et la sécurité des données. La protection de la souveraineté numérique et la préservation d’un écosystème concurrentiel viable passent par des règles imposant des obligations financières et opérationnelles comparables à tous les fournisseurs de services de connectivité.

La situation peut être rapprochée d’autres secteurs où des entrants internationaux ont bénéficié de régimes fiscaux différents, entraînant des débats sur l’équité fiscale. La comparaison avec les opérateurs mobiles traditionnels met en lumière l’asymétrie des coûts d’accès et de régulation.

Des éléments publics montrent que les licences spectre et les obligations associées incluent souvent des garanties de couverture, des engagements d’investissement et des redevances. Le non-respect d’un tel cadre pour un nouvel entrant satellitaire aurait des conséquences budgétaires mesurables et un impact sur l’investissement privé national.

Les syndicats dressent un constat factuel: sans règles uniformes, l’arrivée de Starlink risque de créer une rente injuste et d’éroder les recettes publiques issues des licences. La question dépasse la simple concurrence commerciale, elle touche à la capacité de l’État à assurer une fiscalité équitable et à encadrer un secteur stratégique. Les choix réglementaires à venir détermineront si le marché évolue vers une compétition loyale ou vers une concentration où l’avantage financier d’un entrant étranger primerait sur l’intérêt public.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Babacar Kane.
Mis en ligne : 20/02/2026

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