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Le 22 janvier 2026, le président Donald Trump a déclaré lors d’une interview à Fox News que les alliés de l’Otan étaient « restés un peu loin des lignes de front » en Afghanistan, puis il a salué le rôle des soldats britanniques le 24 janvier après un échange avec le Premier ministre Keir Starmer. Ces propos ont provoqué l’indignation de responsables britanniques, italiens, français, polonais et danois, ainsi que des réactions publiques de vétérans et du prince Harry.
Je suis outré par la légèreté de ces attaques publiques qui visent des forces ayant payé un lourd tribut. Accuser des partenaires de lâcheté ou d’inutilité ne relève pas de la libre parole politique: c’est une manœuvre qui fissure la confiance entre alliés, sape les sacrifices individuels et mine la capacité collective à faire face aux menaces. J’entends ici la voix des familles endeuillées et des soldats qui attendent du leadership davantage que des provocations.
La colère européenne survient alors que l’Otan cherche à maintenir une coordination stratégique face à la résurgence d’affrontements régionaux et à l’essor d’acteurs autoritaires, après vingt ans d’engagement en Afghanistan et des pertes humaines significatives pour plusieurs pays alliés.
Je considère que les attaques publiques de M. Trump contre les alliés constituent un acte volontairement déstabilisateur dont les conséquences dépassent l’affront diplomatique. L’alliance repose sur la confiance, sur la certitude que la parole publique renforce la solidarité et non l’affaiblit. Dire que des partenaires « sont restés loin » efface des réalités simples: des milliers de soldats alliés ont servi, des centaines sont morts, des familles ont été déchirées. Ce déni laisse des traces politiques. Les gouvernements européens réagissent parce qu’ils voient leur propre légitimité civique mise en question devant leurs électeurs et leurs anciens combattants.
Politiquement, ces attaques fragilisent la cohésion décisionnelle de l’Otan. Quand un chef d’État majeur relativise l’engagement allié, les ministres de la Défense et les chefs d’état-major se retrouvent affaiblis dans les négociations budgétaires et opérationnelles. L’efficacité d’une coalition dépend de l’urgence partagée et de la discipline politique; un discours dépréciatif à l’égard des partenaires réduit la marge de manœuvre commune et encourage des acteurs hostiles à tester nos réponses.
Militairement, la confiance rompue complique l’interopérabilité. La coordination des informations, le partage des moyens logistiques et la planification conjointe supposent un climat de respect. Lorsque la parole publique jette le soupçon sur la valeur des contributions alliées, certains pays risquent de reculer dans la mise à disposition de troupes ou d’équipements, ce qui affaiblit la posture collective face à des menaces comme la Russie ou des groupes terroristes.
Socialement, il y a un coût moral. Les sociétés qui ont versé des pertes humaines attendent reconnaissance et dignité. Minimiser leurs sacrifices revient à trahir la mémoire des morts et à aliéner l’opinion publique nécessaire au maintien d’efforts de défense partagée. Le message envoyé aux familles et aux vétérans est douloureux: leurs pertes deviennent des instruments rhétoriques plutôt que des réalités à honorer.
Je m’appuie sur plusieurs constats concrets pour étayer cette critique. Le Royaume-Uni a perdu 2 400 militaires en Afghanistan, la France 89 et l’Italie 53; ces chiffres ne se récupèrent pas par un commentaire médiatique. Comparer l’Otan à une simple addition de contributions nationales revient à négliger la valeur stratégique des alliances: c’est comme envisager une orchestre en jugeant que seuls les violons comptent, ou une équipe sportive en traitant les remplaçants comme hors-jeu. Les alliances fonctionnent parce que les partenaires compensent leurs faiblesses réciproques et multiplient leur force par la coopération.
Je vois aussi un risque institutionnel: la normalisation d’un langage qui rabaisse les alliés ouvre la porte à des coalitions opportunistes et à des ruptures ponctuelles en période de crise. Si la parole présidentielle devient un motif d’isolement, l’Otan perdra en crédibilité face à des adversaires qui calculent leur stratégie sur notre division.
Les exemples historiques abondent où des divisions verbales ont précédé des désengagements coûteux. La confiance mutuelle a été au cœur d’opérations réussies comme la gestion de crises en Bosnie ou au Kosovo, où la coordination politique a permis des actions concertées. Aujourd’hui, les tensions verbales remettent en cause ce capital de confiance accumulé depuis la fin de la Guerre froide.
Je refuse l’idée selon laquelle un président peut, d’un tweet ou d’une interview, démanteler la mémoire des sacrifices alliés sans en payer le prix politique. Ces attaques publiques fragilisent l’Otan, affaiblissent la posture militaire conjointe et trahissent les familles des morts. Il faut plus de retenue et d’humilité dans la parole des responsables, parce que la sécurité collective ne se reconstruit pas sur des provocations gratuites. J’attends des dirigeants qu’ils préservent la cohésion nécessaire pour protéger nos sociétés, pas qu’ils l’érodent pour un effet de communication.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Oumar Diop.
Mis en ligne : 30/01/2026
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