Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le décès tragique de l’actrice Halima Gadji, survenu le 26 janvier 2026, a suscité une vague d’émotion à travers l’Afrique francophone. Pourtant, derrière les hommages sincères, une dérive inquiétante s’est révélée : celle de la banalisation de la mort sur les réseaux sociaux. L’actrice Adja Nationale, en appelant à la prière et au recueillement plutôt qu’à la course aux vues, a pointé du doigt une réalité glaçante : certains internautes, pressés de publier des photos de la défunte pour générer du buzz, transforment un moment de deuil en opportunité de visibilité.
Ce comportement, loin d’être isolé, illustre une perte de repères éthiques où l’émotion sincère cède la place à l’exploitation de la tragédie. À travers cette réaction, Adja rappelle une évidence trop souvent oubliée : le respect des morts et de leurs proches doit primer sur toute recherche de notoriété.
Halima Gadji, figure emblématique du petit écran sénégalais, s’est éteinte à l’âge de 36 ans, laissant derrière elle une œuvre intense et un héritage artistique marqué par des rôles audacieux, comme celui de Marème Dial dans la série « Maîtresse d’un homme marié ». Son parcours, jalonné de combats contre la dépression et les préjugés, a touché des millions de personnes. Pourtant, à peine la nouvelle de sa disparition annoncée, des images ont circulé sur les réseaux, partagées sans retenue par des utilisateurs en quête de clics. Ce phénomène n’est pas nouveau : depuis plusieurs années, la mort est devenue un spectacle, un contenu comme un autre, exploité pour alimenter l’algorithme des plateformes sociales.
La réaction d’Adja met en lumière une dérive profonde : la transformation du deuil en produit de consommation. En publiant des photos de la défunte sans égards pour sa dignité ou la douleur de ses proches, certains internautes réduisent la mort à un simple outil de notoriété. Cette course aux vues révèle une société où la quête de visibilité l’emporte sur l’empathie, où l’instantanéité prime sur la réflexion. Les réseaux sociaux, conçus pour connecter, deviennent ainsi des espaces de déshumanisation, où l’intimité du chagrin est violée au profit de l’audience.
Plusieurs exemples récents confirment cette tendance. Au Burkina Faso, la banalisation de la mort sur les réseaux sociaux est devenue une pratique courante, où les images de défunts ou de scènes macabres sont partagées sans filtre, comme si plus rien n’émeut. En France, les algorithmes amplifient l’exposition à des contenus extrêmes, contribuant à une banalisation des comportements à risque et à une perte de sensibilité collective. Ces plateformes, en valorisant l’engagement plutôt que la qualité des interactions, encouragent indirectement cette dérive. Pourtant, comme le souligne Adja, le respect des morts est une valeur fondamentale, un socle éthique qui devrait guider notre usage du numérique.
Cette situation n’est pas propre à l’Afrique. En Europe, des débats font rage sur la régulation des réseaux sociaux, avec des projets de loi visant à protéger les jeunes des contenus nuisibles et à encadrer l’usage des plateformes. En Australie, des voix s’élèvent pour limiter l’accès des mineurs aux réseaux, conscientes des dégâts psychologiques causés par une exposition précoce à la violence et à la mort. Ces initiatives montrent qu’une prise de conscience est possible, mais elle exige une responsabilité collective : celle des utilisateurs, des plateformes et des pouvoirs publics.
Le message d’Adja est un appel à la raison. Face à la banalisation de la mort, il est urgent de retrouver un usage respectueux et humain des réseaux sociaux. Le deuil ne doit pas être un spectacle, mais un moment de recueillement et de solidarité. En tant qu’utilisateurs, nous avons le devoir de faire preuve de retenue et d’empathie, surtout dans les moments de tragédie. Les réseaux sociaux peuvent être des outils de partage et de mémoire, à condition de ne pas y sacrifier notre humanité. La dignité des défunts et le respect de leurs proches ne sont pas négociables : ils doivent rester au cœur de nos pratiques numériques.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Eve Sagna.
Mis en ligne : 31/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





