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Le 27 janvier 2026, Babacar Ly, 27 ans, plâtrier domicilié à Rufisque, a comparu devant la chambre criminelle de Dakar pour l’homicide de son camarade Mama Ba, survenu la nuit du 31 août au 1er septembre 2020 à la cité Senelec de Rufisque. L’accusation le tient responsable d’avoir porté plusieurs coups avec un tesson de bouteille sur la nuque de la victime après une altercation liée à une consommation d’alcool. Les médecins ont retenu une péritonite aiguë consécutive à une perforation aggravée par une plaie surinfectée.
Je refuse que l’ivresse devienne un parapluie pour les violences graves et mortelles. Présenter l’alcool comme une atténuation automatique de la responsabilité relève d’une paresse juridique et morale qui favorise l’impunité. Quand on frappe pour une bière et qu’un homme meurt, on ne négocie pas la dignité de la victime avec le récit de la cuite. Je crois que plaider l’ivresse, quand elle sert d’excuse, affaiblit la parole judiciaire et banalisе la brutalité.
L’affaire met en lumière des stratégies de défense qui reposent presque systématiquement sur la réduction de la capacité de discernement par l’alcool, une pratique qui s’est multipliée devant les cours ces dernières années. Le débat dépasse ce dossier individuel et touche au sens de la responsabilité pénale collective.
J’observe trois faiblesses majeures dans l’invocation de l’ivresse comme mécanisme d’exonération. D’abord, il y a la facilité rhétorique: dire qu’on était ivre transforme souvent l’auteur en victime de lui-même, et la société tolère moins bien ce retournement quand la violence porte atteinte à un tiers. Les tribunaux ne doivent pas devenir des lieux où la perte de contrôle est présentée comme une circonstance de complaisance. Ensuite, il y a l’impasse morale: admettre l’alcool comme atténuante revient à reconnaître que des actes de sauvagerie sont compréhensibles parce que l’auteur a choisi de boire trop. C’est une pente glissante qui finit par normaliser le recours à la violence comme prolongement acceptable d’une soirée arrosée. Enfin, la faiblesse procédurale: trop souvent les expertises et les enquêtes restent superficielles, laissant la parole de l’accusé concurrencer sans filtre celle de la victime ou de ses proches.
Je veux être clair: l’ivresse peut modifier l’état mental, mais elle n’efface pas la décision de brandir un tesson ou de poursuivre quelqu’un hors d’un bar. Accepter la défense de l’alcool comme justificatif, c’est ouvrir une porte derrière laquelle se cachent la préméditation déguisée et la lâcheté. Comparer cette stratégie à un déguisement n’est pas exagéré; la bouteille devient un costume qui masque la responsabilité. Autre comparaison: c’est comme installer une digue fragile face à un flot de violences, en espérant que l’excuse tiendra quand la pression augmentera.
Les conséquences pratiques sont graves. Sur le plan judiciaire, la réduction répétée de peines au motif de l’ivresse affaiblit la prévention générale: qui prendra au sérieux une peine qui paraît négociable par une simple confession d’alcoolémie? Sur le plan social, cela envoie un signal désastreux aux jeunes: boire devient un moyen de s’exonérer, et la violence se banalise comme conséquence tolérable de l’excès. J’entends déjà les arguments de clémence, les appels à comprendre les circonstances et à prendre en compte l’état d’ébriété. Comprendre n’est pas excuser. La compassion pour un meurtrier présumé ne doit pas étouffer la compassion pour la victime tombée sur une terrasse après un coup à la nuque.
Pour rétablir une frontière claire entre explication et excuse, il faut exiger des expertises médico-légales plus précises, renforcer l’évaluation psychologique des accusés et refuser les plaidoyers simplistes qui utilisent l’alcool comme bouclier. Les juges ont les marges de manœuvre nécessaires pour distinguer l’altération passagère du comportement de la décision volontaire de frapper. La société réclame des réponses fermes quand la vie humaine est fauchée pour une question de verre.
Je maintiens que l’invocation de l’ivresse comme refuge rhétorique révèle une faiblesse des défenses et le danger de normaliser la diminution de responsabilité pour des violences intolérables. Autoriser cette logique, c’est ouvrir la voie à d’autres drames semblables et fatiguer la confiance publique dans la justice. Je refuse que la mémoire d’un homme mort pour une bière soit réduite à un simple effet collatéral de l’alcool. Les tribunaux doivent traiter la boisson comme un fait, non comme une excuse automatique, et faire en sorte que personne ne puisse, au nom de l’ivresse, échapper à la pleine portée de ses actes.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousmane Soumaré.
Mis en ligne : 31/01/2026
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