Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
La récente note circulaire de Macky Sall réorganisant l’Alliance pour la République (APR) a provoqué un tollé dans le Fouta, région historique du parti. Selon Les Échos, les responsables locaux dénoncent une sous-représentation flagrante : « À part Me Moussa Bocar Thiam, il n’y a pratiquement pas de responsables » issus de cette région, pilier de l’APR depuis sa création. Cette décision, loin d’être anodine, révèle une stratégie de concentration du pouvoir autour d’une élite restreinte, au mépris des loyautés historiques et des équilibres régionaux. Notre analyse montre que cette marginalisation n’est pas un simple accident de parcours, mais le symptôme d’un parti qui, sous couvert de modernisation, sacrifie ses bases pour mieux contrôler son avenir.
Le Fouta a joué un rôle clé dans l’ascension de Macky Sall et de son parti. Dès 2008, la région a massivement soutenu l’APR, permettant à Macky Sall de s’imposer face au PDS d’Abdoulaye Wade. Des figures comme Farba Ngom, coordonnateur de l’APR dans le Fouta, ont été des artisans incontournables de cette mobilisation, organisant des campagnes de masse et implantant durablement le parti dans la région. Pourtant, aujourd’hui, ces mêmes acteurs sont écartés des instances dirigeantes, réduits au silence ou, pire, poursuivis pour des motifs politiques.
Cette exclusion n’est pas sans rappeler d’autres cas en Afrique, où des partis au pouvoir ont marginalisé leurs bastions historiques pour mieux centraliser le pouvoir. Au Mali, au Burkina Faso ou en Côte d’Ivoire, des régions entières ont été sacrifiées sur l’autel de la « modernisation » ou de la « rationalisation » des structures partisanes, souvent au prix d’une fracture durable entre les dirigeants et leur base.
La réorganisation de l’APR, présentée comme une étape vers plus d’efficacité, cache en réalité une logique de contrôle et d’exclusion. Les nominations stratégiques annoncées en mars 2025 et la mise en place d’un nouveau Secrétariat Exécutif National ont été réalisées sans consultation des responsables locaux, et encore moins des militants du Fouta. Pire, des figures emblématiques comme Farba Ngom, autrefois intouchables, sont aujourd’hui la cible de procédures judiciaires, accusées de malversations financières – des accusations qui, pour certaines, remontent à des rapports jamais publiés sous le mandat de Macky Sall lui-même.
Cette méthode rappelle les pratiques des partis uniques africains des années 1980-1990, où la purge des « indésirables » était un moyen de verrouiller le pouvoir. Elle pose une question fondamentale : comment un parti peut-il prétendre représenter le Sénégal tout entier s’il méprise ceux qui l’ont porté au sommet ?
En écartant le Fouta, Macky Sall prend le risque de démobiliser une base militante qui a fait ses preuves. Les militants ne sont pas des pions interchangeables ; leur engagement repose sur la reconnaissance et la loyauté. Les ignorer, c’est saper les fondations mêmes de l’APR. Le Fouta représente un réservoir de voix crucial. En 2019, Macky Sall y avait obtenu plus de 80 % des suffrages. Une région qui se sent trahie pourrait basculer vers l’opposition, comme l’ont montré les législatives de 2024, où l’APR a perdu du terrain face au PASTEF.
Cette réorganisation, menée de manière unilatérale, envoie un message clair : l’APR n’est plus un parti où l’on débat, mais une machine où l’on obéit. Cela affaiblit la légitimité du parti et ouvre la voie à des scissions, comme en témoignent les tensions internes déjà visibles. En Afrique de l’Ouest, les partis qui ont marginalisé leurs bastions (comme le RDR en Côte d’Ivoire ou le PDS au Sénégal) ont souvent payé cher cette erreur, perdant leur ancrage territorial et leur crédibilité.
La marginalisation du Fouta n’est pas une simple erreur de casting ; c’est un choix politique lourd de conséquences. En sacrifiant ses racines, Macky Sall affaiblit l’APR et prend le risque de transformer un parti historique en coquille vide, dépendant d’un seul homme plutôt que d’une base militante solide.
L’histoire politique africaine regorge d’exemples où des dirigeants, ivres de pouvoir, ont cru pouvoir se passer de ceux qui les avaient portés. Tous, sans exception, ont fini par en payer le prix. Macky Sall ferait bien de s’en souvenir : un parti qui oublie d’où il vient finit toujours par perdre de vue où il va.
Cette analyse montre que la gestion autoritaire des partis, même au nom de l’efficacité, finit toujours par se retourner contre leurs dirigeants. Et vous, chers lecteurs, que pensez-vous de cette stratégie ? La fin justifie-t-elle les moyens, ou Macky Sall commet-il une erreur historique ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousmane Ba.
Mis en ligne : 31/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





