Au-delà du meurtre : La violence sociale derrière le drame de Guinguinéo - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Eva | Publié le 04/02/2026 02:02:50

Au-delà du meurtre : La violence sociale derrière le drame de Guinguinéo

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Le 26 décembre 2025, à Guinguinéo, Cheikh Ndiaye, conducteur de moto-taxi dit « Jakarta », a été attiré pour une course puis assassiné par trois de ses proches: Cheikh L., Lamine D. et Massamba D. Le corps a été enterré clandestinement au cimetière de Palène et exhumé le 2 février 2026 après l’identification par un membre de la famille. Les trois hommes sont placés en détention provisoire et ont reconnu les faits.

J’écris ceci sans détours: ce meurtre n’est pas un fait divers isolé mais le symptôme d’un système qui abandonne des travailleurs fragiles. La violence ici a des racines sociales, pas seulement criminelles. Quand l’État et la société laissent des centaines de conducteurs de moto sans protections ni droits, ils deviennent des proies faciles, objets d’avidité et de brutalité.

La profession de conducteur de moto-taxi à Guinguinéo réunit des personnes souvent sans contrat, sans couverture santé et sans sécurité du travail, contraintes d’accepter des courses à risque pour survivre.

Je refuse que l’on réduise cette affaire à la seule dérive individuelle de trois hommes. Les conducteurs de moto sont exposés à la fois aux accidents, au vol, et à l’exploitation. Leur isolement économique crée un terreau où la violence s’enracine. Quand un travailleur fonctionne sans garde-fous, son téléphone ou sa moto valent plus que sa vie aux yeux de certains. J’observe une banalisation du risque: la précarité transforme la vulnérabilité en un marqueur qui attire la prédation.

La précarité a deux visages. D’un côté, il y a la pauvreté immédiate: revenus fluctuants, dette quotidienne, absence d’épargne. De l’autre côté, il y a l’insécurité institutionnelle: aucun fichier social, aucune retraite, aucun congé maladie. Ces deux dimensions conjuguées modèlent des trajectoires où l’homme seul compose avec la peur. Sans protection sociale, chaque course devient une transaction à haut risque et peu de conducteurs peuvent refuser une proposition suspecte parce qu’ils doivent manger le soir.

Les conducteurs non déclarés n’ont pas d’employeur responsable et ne bénéficient d’aucune assurance en cas d’agression. Cette impunité relative favorise les vols de matériels et incite à la violence. Si la moto vaut plus que le conducteur, c’est que la société a assigné une valeur monétaire à l’objet et a dévalué la personne.

J’ai vu des communautés où l’on se méfie de l’autre dès la tombée de la nuit parce que trop d’intérêts matériels pèsent sur des vies fragiles. La stigmatisation des métiers informels entretient la distance entre citoyens et travailleurs; la solidarité se fragmente, la surveillance collective disparaît et le crime prospère dans cet espace.

Comparer la situation des conducteurs de moto à celle des vendeurs ambulants ou des livreurs montre des similitudes: faible protection, mobilité élevée, contacts constants avec le public. Ces profils financiers sont faciles à exploiter, comme des cibles mouvantes. Une moto volée ici peut servir ailleurs, la chaîne de revente est bien organisée et profite de l’anonymat.

Les chiffres disponibles localement montrent une augmentation des inscriptions de plaintes pour vol et agression impliquant des moto-taxis dans plusieurs départements. Des études comparatives avec des villes où des licences et des assurances obligatoires existent indiquent une baisse nette des agressions quand les conducteurs ont une reconnaissance officielle et un filet social. L’expérience d’une commune voisine qui a instauré une assurance collective pour les conducteurs a entraîné une diminution des vols déclarés et une meilleure coopération avec les forces de l’ordre.

Je soutiens que la responsabilité est collective. Laisser sans statut des travailleurs exposés revient à alimenter un marché de la violence. La solution ne peut être que structurée: délivrance de licences, systèmes d’assurance accessibles, formation à la prévention des risques et mécanismes de signalement protégés. Sans ces mesures, d’autres Cheikh auront la vie brisée parce que leur métier est rendu précaire par négligence politique.

La justice doit faire son travail pour punir les coupables, mais punir n’efface pas la cause. Il faut rompre le cercle: dignifier le travail informel et réduire les opportunités de prédation. L’action publique prudente, soutenue par des initiatives locales, peut transformer la course de la survie en métier reconnu.

Je refuse de considérer la mort de Cheikh comme une fatalité sociale. C’est une injure à la dignité du travail que de laisser des conducteurs sans protection et sans recours. Tant que l’on traitera ces travailleurs comme des variables d’ajustement économique, nous offrirons aux violences un terrain fertile. Il est temps que la société reprenne ses responsabilités et que l’on cesse d’échanger la vie humaine contre une moto ou un téléphone.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba Kane.
Mis en ligne : 04/02/202
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