Indemnisations sans justice : Le Sénégal peut-il tourner la page des violences ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 04/02/2026 12:02:20

Indemnisations sans justice : Le Sénégal peut-il tourner la page des violences ?

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Un récent article de la RADDHO rappelle avec force l’exigence de justice et de réparation pour les victimes des violences politiques survenues au Sénégal entre 2021 et 2024. Si les autorités ont annoncé des indemnisations financières et promis des enquêtes, la réalité est bien plus sombre : l’absence de mécanismes judiciaires effectifs et de reconnaissance officielle des responsabilités laisse les victimes dans l’attente et l’injustice. Notre analyse, résolument critique, montre que sans vérité ni justice, la réconciliation nationale restera une illusion, et la stabilité du pays, menacée.

Entre 2021 et 2024, le Sénégal a connu une vague de violences politiques sans précédent, marquée par des morts, des arrestations arbitraires et des détentions prolongées. Ces événements ont non seulement endeuillé des familles, mais aussi érodé la confiance des citoyens envers les institutions, en particulier la justice. Malgré les promesses des nouvelles autorités et l’allocation d’une enveloppe de cinq milliards de francs CFA pour les victimes, les procédures judiciaires piétinent, et aucune structure dédiée n’a encore été mise en place pour les accompagner. Pire, la loi d’amnistie promulguée en mars 2024 a été perçue comme une garantie d’impunité pour les auteurs de crimes graves, suscitant l’indignation des victimes et de la société civile.

Les assises nationales de la justice et les discours présidentiels ont multiplié les promesses : identification des responsables, poursuites judiciaires, réformes institutionnelles. Pourtant, près de deux ans après l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités, force est de constater que peu d’actions concrètes ont été engagées. Les victimes, dont les témoignages poignants commencent seulement à être recueillis, dénoncent une justice à deux vitesses et une lenteur administrative qui frise le déni. La RADDHO et d’autres organisations rappellent que « une justice tardive équivaut à un déni de justice » — un constat partagé par les familles des disparus et des blessés, qui réclament non seulement des réparations financières, mais surtout la vérité et la sanction des coupables.

L’expérience africaine, notamment celle de l’Afrique du Sud avec sa Commission Vérité et Réconciliation, montre que la reconnaissance des crimes et la restauration de la dignité des victimes sont essentielles pour éviter la répétition des violences. Au Sénégal, l’absence de commission indépendante aggrave les fractures sociales et alimente un sentiment d’impunité. Les comparaisons avec d’autres pays, comme le Togo ou la Tunisie, révèlent que les indemnisations seules ne suffisent pas : elles doivent s’accompagner d’enquêtes approfondies, de poursuites et de réformes structurelles. Sans cela, le risque de récidive est réel, et la cohésion nationale, fragilisée.

Face à l’urgence, la création d’une commission vérité et réconciliation s’impose. Elle permettrait d’établir les faits, d’identifier les responsabilités et de proposer des réparations globales, conformément aux engagements internationaux du Sénégal. Comme le souligne Amnesty International, « il ne peut y avoir de paix durable sans justice ». Les victimes, les familles et la société civile ne demandent pas l’aumône, mais la reconnaissance de leurs droits et la fin de l’impunité. C’est le prix à payer pour une réconciliation véritable et pour la crédibilité de l’État de droit au Sénégal.

Les auditions des victimes ont enfin commencé, mais leur issue dépendra de la volonté politique de rompre avec les pratiques du passé. La balle est dans le camp des autorités : sauront-elles transformer les promesses en actes, ou laisseront-elles les plaies ouvertes saigner encore ?

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Ba.
Mis en ligne : 04/02/2026

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