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Le 3 février à Dakar, le tribunal des flagrants délits a condamné Mara Ba, 21 ans, pour collecte illicite de données à caractère personnel, menace de violence, voies de fait et outrage public à la pudeur après avoir filmé et diffusé des images de mineures sans leur consentement. La Division spéciale de la cybersécurité avait interpellé le jeune créateur pour ces faits qui ont suscité une vive réaction publique.
Je suis convaincu que cette décision est plus qu’une punition: elle ouvre une porte pour transformer la colère légitime en actions pédagogiques. La sanction marque une rupture avec l’idée que l’espace numérique serait hors du droit, et elle offre l’occasion d’encadrer les pratiques des créateurs de contenu avec clarté et bienveillance. Si l’on veut protéger les mineurs et responsabiliser les influenceurs, il faut en faire un moment d’apprentissage collectif plutôt qu’un simple épisode répressif.
L’affaire a mis en lumière l’absence de formation et de repères éthiques chez certains jeunes créateurs, ainsi que la lente adaptation des plateformes et des institutions aux enjeux de protection des données personnelles des mineurs.
Je pense que le verdict doit servir de point de départ pour des programmes de sensibilisation concrets et adaptés aux réalités des réseaux sociaux. Punir sans expliquer laisse un goût amer et ne change pas les comportements à long terme. À l’inverse, proposer des modules pédagogiques destinés aux créateurs peut transformer leur rapport à l’audience: filmer devient alors un acte responsable et non une quête de buzz à tout prix. Les ateliers pourraient aborder le consentement, la protection de la vie privée, les conséquences légales et humaines, ainsi que les techniques de modération de contenu.
Les créateurs sont souvent des entrepreneurs culturels en devenir; les accompagner, c’est investir dans l’avenir numérique. Je propose que ces formations soient construites avec des pédagogues, des juristes et des créateurs expérimentés afin d’éviter le ton moralisateur qui rebute souvent les publics jeunes. On peut imaginer des sessions courtes intégrées aux incubateurs de médias, des certificats reconnus par les plateformes et des ressources en ligne accessibles. Un créateur formé est comparable à un conducteur qui connaît le code de la route: la liberté d’action reste grande, mais elle s’exerce dans des limites protectrices.
D’abord, la prévention réduit les récidives et protège les victimes. Les enquêtes montrent que la plupart des atteintes à la vie privée proviennent d’une méconnaissance du cadre légal ou d’un manque de conscience des conséquences humaines. Ensuite, la pédagogie renforce la confiance entre les audiences et les créateurs; un public informé est plus exigeant et récompense la qualité éthique. Enfin, former les créateurs permet aux autorités et aux plateformes de partager la responsabilité: ce n’est pas seulement la justice qui sanctionne, ce sont aussi les acteurs de l’écosystème qui encouragent de bonnes pratiques.
Je défends l’idée d’un dispositif triple: prévention, certification, et soutien post-conflit. La prévention inclurait des modules obligatoires pour les comptes professionnels et pour les programmes de monétisation; la certification offrirait un label visible sur les profils indiquant l’engagement du créateur; le soutien offrirait un accompagnement juridique et psychologique aux victimes lorsque les débordements surviennent. On peut comparer ce dispositif à la formation obligatoire des journalistes ou à la charte éthique des clubs sportifs: les règles encadrent sans tuer la créativité. Un autre parallèle parle aux praticiens: comme dans une salle de montage, la responsabilité consiste à couper ce qui met en danger.
Des initiatives internationales montrent la voie: certains pays exigent déjà des formations à la protection des données pour les professionnels du numérique, et des plateformes testent des outils de prévention à destination des jeunes comptes. Des statistiques récentes indiquent une hausse des signalements liés à des publications non consenties, ce qui renforce l’urgence d’agir. Les ressources locales doivent toutefois être adaptées aux réalités culturelles et technologiques, avec des contenus en langues nationales et des formats courts.
Je reste persuadé que la condamnation de Mara Ba peut être transformée en levier positif si les autorités, les plateformes et les acteurs de la société civile acceptent de construire des ponts pédagogiques avec les créateurs. Sanctionner était nécessaire pour fixer la ligne rouge, mais éduquer permettra de réduire le nombre de passages à l’acte et de protéger durablement les mineurs. J’appelle à concevoir des programmes pratiques, accessibles et co-construits, afin que la création de contenu rime enfin avec respect et responsabilité, et non avec impunité.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mbaye Diouf.
Mis en ligne : 07/02/2026
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