Eau, électricité, sanitaires : Comment des citoyens sauvent les écoles de Thiès - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 08/02/2026 02:02:00

Eau, électricité, sanitaires : Comment des citoyens sauvent les écoles de Thiès

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À Thiès, des directeurs d’écoles élémentaires, des parents d’élèves et des commerçants ont pris depuis plusieurs mois l’initiative de financer et de réparer des installations scolaires défectueuses: rétablissement de l’eau, paiement ponctuel de factures et rénovation de blocs sanitaires. Ces actions répondent à des coupures récurrentes et à des bâtiments dégradés qui mettaient en danger la santé et la dignité des enfants. J’observe ces gestes comme des réponses concrètes face à l’inaction locale.

Ces initiatives se déploient dans un contexte où les mairies peinent à assurer la prise en charge de l’eau, de l’électricité et de l’entretien des écoles publiques, laissant des directeurs et des familles combler les manques.

Je veux valoriser ces mobilisations sans les idéaliser: elles révèlent une force citoyenne mais aussi une défaillance institutionnelle. Les directeurs, ordinairement tenus à une obligation de réserve, ont choisi de coordonner des petits chantiers, d’organiser des collectes et de négocier avec des fournisseurs pour éviter des coupures. Les parents, parfois commerçants du quartier, ont posé des plaques, refait des sanitaires ou assuré le raccordement provisoire d’eau. Ces efforts ont permis de rendre des classes salubres pour des centaines d’enfants et d’éviter des exclusions liées à l’absence d’infrastructures minimales.

Ce que montrent ces expériences, c’est d’abord la capacité d’initiative locale: des outils simples, une gouvernance légère et une volonté partagée produisent rapidement des résultats tangibles. J’ai vu des toilettes repeintes en une semaine et des robinets remis en état grâce à des contributions modestes mais régulières. À l’inverse, l’attente d’une intervention administrative complète s’étire souvent sur des mois, ce qui laisse le terrain aux solutions improvisées.

Dès lors, comment transformer ces gestes en politiques publiques durables sans déresponsabiliser l’État? Premièrement, il faut reconnaître formellement le rôle des acteurs locaux et intégrer leurs pratiques dans des circuits de financement publics: des subventions ciblées pour l’entretien courant, des bons de fournitures et des conventions de partenariat signées entre communes et associations de parents. Deuxièmement, il est possible d’institutionnaliser les compétences techniques qui émergent sur le terrain: former des brigades municipales d’entretien ou créer des emplois locaux dédiés aux infrastructures scolaires. Ces mesures éviteraient que l’engagement citoyen devienne une charge structurelle permanente.

J’insiste sur un point de méthode: la politique inspirée par ces initiatives doit rester prescriptive et non substitutive. La mise en parallèle d’une école où les parents réparent une toiture et d’une autre où la mairie organise un suivi technique montre la différence entre débrouille et service public. La comparaison éclaire la nécessité d’une logique d’appui plutôt que d’abandon.

Des expériences ailleurs donnent des pistes concrètes. Dans certaines communes, des contrats simples entre municipalité et comité de parents permettent de mensualiser l’entretien et d’assurer la transparence des dépenses. Dans d’autres territoires, la mise à disposition d’un budget d’urgence annuel pour chaque établissement a réduit de moitié les pannes d’approvisionnement. Ces exemples montrent que des recettes budgétaires modestes, bien cadrées, produisent un effet de levier important sur la qualité scolaire.

Je considère que valoriser ces initiatives revient à les rendre visibles, évaluables et reproductibles. Il faut documenter les chantiers citoyens, mesurer leur coût réel et tirer des protocoles opérationnels qui servent de modèles pour d’autres communes. Les directeurs et les parents qui ont réussi méritent d’être invités à partager leurs pratiques lors de réunions territoriales; leurs savoirs pratiques peuvent alimenter des guides d’entretien et inspirer des appels à projets municipaux.

J’affirme positivement que ces actions citoyennes sont une ressource politique précieuse: elles montrent ce qui marche, à quel coût et avec quelles limites. Il serait contre-productif de s’en contenter sans inscrire ces réussites dans un cadre public stable. Je souhaite que l’État et les collectivités s’appuient sur ces exemples pour créer des mécanismes simples, transparents et durables qui garantissent enfin l’eau, l’électricité et la dignité dans toutes les écoles. Les mains qui réparent aujourd’hui peuvent dessiner la politique de demain.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Sylla.
Mis en ligne : 08/02/202
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