Une personne sur dix exposée : Urgence de dépistage au Sénégal - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Santé | Par Eva | Publié le 08/02/2026 12:02:20

Une personne sur dix exposée : Urgence de dépistage au Sénégal

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Le chirurgien-cancérologue Ahmadou Dème a déclaré, lors d’une table ronde organisée le mercredi 4 février à l’occasion de la Journée internationale contre le cancer, que le Sénégal enregistre près de 12 000 nouveaux cas de cancer chaque année. Le directeur général de la Santé, le professeur Ousmane Cissé, a confirmé que les cancers du col de l’utérus, du sein, du foie, de la prostate et de l’estomac figurent parmi les plus fréquents dans le pays. Ces annonces ont été faites à Dakar devant des professionnels et des acteurs de santé.

La déclaration pose d’emblée une inquiétude palpable pour les populations concernées et pour les soignants, car annoncer des chiffres sans plan concret de réponse peut générer de la peur plus que de l’action. Le ton alarmiste de la communication publique mérite d’être examiné avec soin pour vérifier s’il favorise le dépistage et l’accès aux soins ou s’il se contente d’un constat statistique frappant.

La donnée principale est un taux d’incidence évalué à environ 11 %, soit près d’une personne sur dix exposée à un risque de cancer au cours de sa vie; cette estimation provient des intervenants réunis lors de la table ronde organisée autour de la journée mondiale de lutte contre le cancer.

Les chiffres présentés sont nets et lourds de sens: environ 12 000 nouveaux cas par an, une liste de cancers dominants et une mortalité qui reste préoccupante malgré des progrès de collecte de données. Ces éléments sont factuels, mais ils ne disent rien sur la capacité opérationnelle du système de santé à répondre. L’énoncé d’incidence sans indication chiffrée sur le taux de dépistage, la couverture des centres d’oncologie, le nombre d’oncologues ou l’accès aux traitements met en lumière une lacune informationnelle importante.

Un élément essentiel souvent absent des communications publiques est la proportion de patients diagnostiqués à un stade précoce par rapport aux stades avancés. Le dépistage du cancer du col de l’utérus et du sein peut réduire la mortalité, mais l’impact dépend de l’existence d’un réseau de dépistage organisé, de laboratoires capables d’analyser les prélèvements et d’unités de traitement capables de prendre en charge les cas détectés. Sans ces maillons, une campagne statistique peut ressembler à un signal d’alarme sans route d’évacuation.

Les chiffres isolés risquent d’alimenter la peur plutôt que la prévention quand ils ne sont pas accompagnés d’indicateurs de mise en œuvre: nombre de centres offrant la chimiothérapie, délai moyen d’accès au traitement, coût moyen pour les patients, et couverture géographique des services. Les communications publiques qui se limitent à l’énoncé d’une incidence élevée omettent de préciser si des programmes de dépistage mobile existent, si des accords pharmaceutiques permettent l’accès aux médicaments anticancéreux et si des formations sont prévues pour augmenter le nombre d’oncologues et d’infirmiers spécialisés.

La présentation de listes de cancers fréquents est utile pour orienter la prévention, mais elle devient inefficace si la population ne sait pas où se faire dépister ou comment financer un traitement. Citer que le risque est d’environ une personne sur dix donne une comparaison claire pour la compréhension du public, et cela peut mobiliser; cependant, comparer ce chiffre à l’absence de plan opérationnel fait ressortir le décalage entre communication et capacité d’action.

La communication devrait intégrer des éléments concrets: le pourcentage de femmes ayant bénéficié d’un dépistage du col de l’utérus dans l’année, le nombre d’unités d’oncologie par région, la disponibilité des traitements de première ligne et les délais moyens de prise en charge. Sans ces précisions, annoncer 12 000 nouveaux cas annuels revient à dresser un tableau sombre sans indiquer comment le réduire, ce qui peut décourager les personnes vulnérables plutôt que les inciter à consulter tôt.

Des comparaisons internationales montrent que les campagnes couplées à des programmes de dépistage et à la réduction des barrières financières réduisent la mortalité par cancer du col et du sein. La recherche opérationnelle menée dans plusieurs pays à revenu moyen indique qu’un investissement ciblé dans le dépistage organisé et dans la formation de personnel permet d’augmenter la détection précoce et d’améliorer la survie à cinq ans pour certains cancers traitables.

Les chiffres annoncés à Dakar sont factuels et préoccupants: près de 12 000 nouveaux cas par an et une incidence d’environ 11 %. La communication publique qui se contente d’énoncer ces données sans fournir d’indicateurs opérationnels ni de feuille de route concrète risque d’engendrer de l’angoisse plutôt que de promouvoir des démarches de dépistage et de traitement. Pour que les statistiques servent la population, elles doivent être accompagnées de chiffres opérationnels et de plans précis rendant le diagnostic précoce et le traitement réellement accessibles.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sokhna Awa.
Mis en ligne : 07/02/2026

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