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L’annonce récente de Bocar Samba Dièye, à plus de 90 ans, de renoncer aux 11 milliards de francs CFA qui lui sont reconnus par expertise pour ne réclamer que la réhabilitation de son honneur, est un aveu d’échec cuisant pour notre système judiciaire et financier. Ce cas, qui dure depuis près de vingt ans, révèle une stratégie d’usure insupportable, une justice aux abois, et un État spectateur. Je ne peux que dénoncer cette situation, qui transforme un combat pour la vérité en calvaire pour un homme dont la seule faute a été de croire en la légalité et en l’équité.
Bocar Samba Dièye, ancien magnat de l’importation de riz, est engagé depuis 2008 dans un bras de fer judiciaire avec la CBAO (devenue Attijariwafa Bank). Malgré douze victoires en justice, des rapports d’expertise accablants pour la banque, et des décisions homologuées ordonnant la restitution de ses biens et le paiement de dommages et intérêts, l’homme d’affaires reste lésé. Pire, il est aujourd’hui expulsé de ses propres immeubles, saisi illégalement selon les experts, et contraint de mendier une reconnaissance morale après des décennies de procédures interminables.
Les faits sont accablants : la CBAO n’a jamais pu produire la convention de compte courant régissant leur relation, les agios imputés ont été jugés indus, et la banque est accusée d’anatocisme (capitalisation illégale des intérêts) et de manipulation des écritures. Pourtant, malgré ces preuves, la justice sénégalaise peine à faire appliquer ses propres décisions. Comment expliquer qu’un homme, après avoir remporté toutes les batailles judiciaires, doive encore supplier pour que son honneur soit lavé ? La réponse est simple : la stratégie d’usure. La banque, forte de ses moyens, a tout fait pour prolonger le contentieux, espérant que le temps, l’âge et l’épuisement feraient plier l’entrepreneur. Aujourd’hui, c’est chose faite.
Premièrement, ce dossier illustre l’impunité des institutions financières face aux petits et moyens entrepreneurs. La CBAO a pu, pendant des années, ignorer les décisions de justice, bloquer les comptes de M. Dièye, et même le priver de ses biens, sans jamais être sanctionnée pour ces manquements graves. Deuxièmement, l’État, censé garantir l’équité et la sécurité juridique, est resté silencieux. Où est la protection des justiciables ? Où est la garantie que la justice ne sera pas un luxe réservé à ceux qui ont les moyens de la payer ?
Troisièmement, ce cas n’est pas isolé. En Afrique de l’Ouest, les contentieux bancaires prolongés sont légion, souvent résolus au détriment des entrepreneurs, faute de moyens ou de volonté politique. La confiance dans le système judiciaire s’en trouve profondément ébranlée.
Des situations similaires existent au Ghana, en Côte d’Ivoire, ou encore au Nigeria, où des banques usent de leur pouvoir pour étouffer les petits porteurs. Mais au Sénégal, l’absence de médiation efficace et l’inefficacité des voies d’exécution aggravent le problème. Quand un État comme le Ghana a su restructurer sa dette et protéger ses entrepreneurs, le Sénégal semble encore hésiter à prendre ses responsabilités.
L’affaire Bocar Samba Dièye est un symbole de ce qui ne va pas dans notre pays : une justice lente, des banques toute-puissantes, et un État absent. En renonçant à l’argent, M. Dièye nous rappelle que la dignité n’a pas de prix, mais que la justice, elle, a un coût. Il est temps que l’État agisse, que les décisions de justice soient appliquées, et que la confiance dans nos institutions soit restaurée. Sinon, quel message envoyons-nous aux générations futures ? Que le droit et l’honneur s’effacent devant la puissance de l’argent ?
Je ne peux que m’indigner face à cette injustice. La réhabilitation de Bocar Samba Dièye n’est pas une faveur, mais une obligation morale et juridique. L’État doit organiser sans délai une table ronde pour clore ce dossier, et envoyer un signal fort : au Sénégal, la justice ne doit pas attendre la mort des justiciables pour s’exprimer.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 11/02/2026
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