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Le 10 février 2026, Transparency International a publié les résultats de l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2025. Le Sénégal obtient un score de 46/100, en hausse d’un point par rapport à 2024, selon les données rendues publiques; le Forum civil, section nationale, a commenté ces résultats à Dakar en pointant des réformes récentes. Ces éléments posent la question de la solidité d’une amélioration encore timide.
La progression affichée est saluée par le Forum civil comme liée à des textes adoptés en 2024 et 2025, dont des lois sur l’OFNAC, la déclaration de patrimoine, la lutte contre le blanchiment et la protection des lanceurs d’alerte, ainsi que l’opérationnalisation du Pool Judiciaire Financier. Malgré ces avancées formelles, l’organisation met en garde contre la fragilité du gain tant que l’application effective et les sanctions ne suivent pas.
Le Sénégal avait conservé un score de 45/100 entre 2016 et 2020, puis reculé à 43/100 entre 2021 et 2023; la hausse récente reflète une série de réformes mais survient en deçà du seuil de 50 qui marque la sortie de la zone de préoccupation.
Les faits rendent compte d’un écart entre adoption législative et capacité opérationnelle de l’État. Le Forum civil relève que plusieurs textes de 2024 et 2025 sont accompagnés de décrets d’application, mais l’organisation exige la publication de rapports et de données: rapports de l’Inspection générale d’État, documents de l’OFNAC, comptes de la Cour des comptes et rapports de l’ARCOP. L’absence de diffusion systématique de ces pièces empêche la vérification publique des mesures et bride la redevabilité. La demande de transparence sur les 8 milliards F CFA destinés aux sinistrés de Bakel et sur les 37 milliards F CFA liés à l’affaire ASER–AE Power repose sur des montants et des faits documentés et non encore élucidés publiquement.
La première difficulté tient à la capacité administrative: la mise en place d’un Pool Judiciaire Financier ou d’un organisme de protection des lanceurs d’alerte suppose des moyens humains, des procédures judiciaires effectives et des ressources budgétaires. Les autorités ont pris des décisions, mais le Forum civil souligne l’absence fréquente de sanctions visibles contre des responsables présumés, condition qui limite l’effet dissuasif des textes. La deuxième difficulté réside dans la volonté politique: la publication incomplète des rapports de contrôle et le retard ou la partialité dans les enquêtes alimentent le scepticisme. Le coordonnateur Matar Sall a exprimé sa préoccupation face à la crise des bourses universitaires, évoquant la nécessité d’une gouvernance indépendante pour réguler les allocations sociales, ce qui témoigne d’un déficit de pilotage opérationnel.
Examiner la progression selon cet angle montre une tension entre formes et faits. Les réformes rapprochent le Sénégal de bonnes pratiques sur le papier; elles ne garantissent pas la transformation des comportements sans mécanismes crédibles de sanction et sans capacité d’exécution. Comparée à l’objectif symbolique de 50/100 pour sortir de la zone rouge, la hausse d’un point reste modeste. Comparée à la période 2021–2023 où le score avait chuté à 43/100, la trajectoire reste instable et sensible aux aléas d’application.
Les éléments vérifiables renforcent ce constat: demandes de publication du rapport du cabinet Forvis Mazars sur la dette publique, appels à la transparence sur les marchés publics tels que l’acquisition de véhicules de l’Assemblée nationale, et injonctions aux corps de contrôle pour publier leurs rapports. Tant que ces documents demeurent partiels ou absents, les observateurs ne pourront évaluer l’exécution des textes.
Les données de l’IPC 2025 décrivent une amélioration marginale encadrée par des réformes législatives récentes, mais la lecture factuelle met en lumière des lacunes opérationnelles et un déficit de sanction. Le Forum civil a listé dossiers non élucidés et obligations de transparence non remplies; ces manques constituent des signes objectifs de fragilité. Sans mise en œuvre effective, publication systématique des rapports et poursuites mesurables, la progression du score risque de rester superficielle et réversible.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Diarra Bousso.
Mis en ligne : 11/02/2026
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