Tensions à l'Ucad : Quand la souffrance étudiante devient une arme politique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 11/02/2026 03:02:40

Tensions à l'Ucad : Quand la souffrance étudiante devient une arme politique

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Le Cercle des Cadres de la République des Valeurs (CECAR) a dénoncé, ce mardi, l’intervention des Forces de défense et de sécurité (FDS) à l’intérieur du campus social de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). L’ancien maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, a publiquement imputé la responsabilité au régime en place après la mort d’un étudiant et plusieurs blessés. Les faits se sont déroulés à Dakar lors d’affrontements entre étudiants et forces de l’ordre autour de revendications sur les bourses et les conditions de vie.

La suite de cette actualité met en lumière autre chose que la seule violence: la récupération politique des images et des mots. Le CECAR parle d’une « fuite en avant sécuritaire » et Khalifa Sall évoque des « images de feu et de sang », formules qui transforment la scène estudiantine en tribune politique instantanée.

Les appels à la retenue et au paiement intégral des bourses viennent après des semaines de tensions étudiantes dans les universités publiques, où les conditions matérielles et financières sont régulièrement pointées du doigt.

Les éléments vérifiables révèlent un enchaînement concret: des revendications sociales non satisfaites, une intervention policière sur le campus, des blessés et un décès, puis des prises de parole publiques de cadres politiques. Ce déroulement alimente une dynamique où la souffrance étudiante devient prétexte à des accusations frontales entre acteurs politiques. Les cadres prennent la scène médiatique en utilisant images, formulations fortes et appels moraux, ce qui concentre l’attention sur le conflit politique plutôt que sur la résolution des problèmes universitaires.

Plusieurs constats factuels soutiennent cette lecture. D’abord, les organisations politiques impliquées disposent de plateformes médiatiques larges, ce qui facilite la circulation rapide des images et des discours. Ensuite, les demandes formulées par les étudiants, notamment le paiement des bourses, sont des revendications budgétaires et administratives qui requièrent des réponses techniques et financières, non seulement des déclarations politiques. Enfin, l’instrumentalisation apparaît quand les messages publics se centrent sur la condamnation du camp adverse plutôt que sur des propositions chiffrées ou des démarches de dialogue institutionnel.

L’exploitation politique des violences par certains cadres opère selon trois mécanismes documentables: amplification, personnalisation et diversion. L’amplification passe par la diffusion immédiate d’images dramatiques qui suscitent émotion et polarisation. La personnalisation consiste à désigner un responsable unique du drame, renforçant la polarisation entre camps. La diversion consiste à détourner le débat des mesures concrètes demandées par les étudiants: paiement des bourses, amélioration du logement et de la restauration, renforcement des services de santé universitaire. Ces mécanismes éloignent les décideurs et l’opinion publique des procédures administratives nécessaires pour résoudre les problèmes matériels.

Des comparaisons éclairent le phénomène: dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, des crises étudiantes similaires ont été à la fois sources de réforme lorsqu’elles ont été traitées par négociation, et foyers de polarisation lorsque des acteurs politiques en ont fait un objectif partisan. Les chiffres budgétaires publiés par les universités montrent régulièrement des arriérés de versement des bourses et des lacunes dans l’offre de logements universitaires, éléments concrets que les discours politiques ne substituent pas. La responsabilité administrative implique l’engagement des ministères concernés, des universités et des corps estudiantins dans des calendriers de paiement et des plans d’investissements.

Les faits établis décrivent une séquence tragique: des revendications étudiantes, une intervention sur le campus, des victimes et une réaction politique massive. En privilégiant l’accusation et la dramatisation, certains cadres transforment une souffrance sociale en instrument partisan, ce qui ne règle pas les arriérés de bourses ni n’améliore les conditions matérielles. Le défi concret reste administratif et financier: payer les bourses, rénover les structures et ouvrir un dialogue institutionnel documenté, plutôt que d’alimenter une polarisation qui risque d’enraciner les tensions sociales.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Khadim B.
Mis en ligne : 11/02/2026

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