Entrepreneuriat : Beaucoup de nombres, peu d’opportunités pour la jeunesse - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Business | Par Eva | Publié le 12/02/2026 07:02:00

Entrepreneuriat : Beaucoup de nombres, peu d’opportunités pour la jeunesse

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Le Répertoire national des Entreprises et Associations (Rnea) a immatriculé 26 685 nouvelles entreprises au dernier trimestre 2025 au Sénégal, soit une hausse de 32% par rapport au trimestre précédent et une baisse de 1,1% par rapport à la même période de 2024. L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) précise que 76% des immatriculations concernent des entreprises individuelles, et que Dakar concentre près de la moitié des enregistrements.

Je lis ces chiffres et je grince des dents. Derrière l’apparente bonne nouvelle se cache une réalité sourde: l’absence de données sur les jeunes entrepreneurs transforme un succès affiché en écran de fumée. J’affirme que la domination des créateurs plus âgés et l’omission des profils de la jeunesse masquent un déclin des opportunités réelles pour une génération qui attend des portes ouvertes et ne trouve que des fissures.

Les immatriculations privilégient le commerce et les entreprises individuelles, tandis que les industries alimentaires et textiles restent marginales, et les hommes représentent deux tiers des nouveaux inscrits.

Les statistiques brutes racontent une histoire incomplète quand elles oublient les âges. Je refuse de me satisfaire d’un tableau qui célèbre la quantité sans questionner la qualité et la répartition sociale. Si 41,2% des créateurs individuels ont entre 35 et 54 ans, la donnée sur les moins de 35 ans est curieusement noyée. Cette omission n’est pas neutre: elle évite de révéler si la jeunesse accède réellement aux ressources, au financement et aux réseaux nécessaires pour entreprendre. Le résultat est clair dans la rue: des diplômés qui jonglent entre emplois précaires et petits commerces, pendant que des entrepreneurs plus matures récupèrent le label «création» parce qu’ils formalisent des activités déjà existantes.

Je constate que l’absence de chiffres jeunesse sert de paravent aux politiques publiques. Quand on ne sait pas combien de jeunes immatriculent une entreprise, on peut prétendre que le dispositif marche sans orienter les crédits vers les porteurs de projets émergents. C’est une injustice financière comparable à une piste d’atterrissage réservée aux jets privés pendant que l’avion populaire attend sur le tarmac.

La concentration dans le commerce et les services personnels traduit une économie de survie plus qu’une dynamique industrielle. Comparer ces créations avec celles de pays qui ont favorisé la technologie ou l’agro-industrie montre la faiblesse de l’écosystème local. Sans données fines sur l’âge, on ignore si les jeunes innovateurs dans le numérique ou l’agro-écologie bénéficient d’un vrai accompagnement ou s’ils se contentent d’activités informelles.

Dakar capte presque la moitié des immatriculations; les régions périphériques restent sous-représentées. Les chiffres indiquent aussi une forte prédominance masculine. Je veux voir les statistiques croisées: âge, genre, région, secteur. Sans elles, les politiques risquent d’entretenir les mêmes élites et de laisser la jeunesse rurale dépourvue.

Des exemples existent au Sénégal même: des incubateurs régionaux qui accompagnent des jeunes entrepreneurs mais qui peinent à transformer des prototypes en entreprises formelles faute d’accès au capital. À l’international, des pays qui mesurent l’âge des créateurs orientent mieux les fonds et obtiennent des créations d’emplois durables. Deux comparaisons me viennent alors à l’esprit: la différence entre formaliser une activité et créer une entreprise génératrice d’emplois, la distance entre un commerce de proximité et une PME industrielle capable d’exporter.

Je refuse la complaisance statistique. Celebrer 26 685 immatriculations sans cartographier la jeunesse revient à applaudir une vitrine vide. Les décideurs doivent rendre visibles les jeunes créateurs, publier des données détaillées et cibler les aides vers ceux qui portent l’avenir économique. Tant que les chiffres sur l’âge resteront flous, la prétendue renaissance entrepreneuriale servira surtout à masquer un marché du travail qui étranglera la jeunesse. Je demande que la transparence remplace la mise en scène.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 12/02/202
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