Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
La mort tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a suscité une vague d’émotion et de condamnations à travers le pays. Barthélémy Dias, leader de Sénégal Bi Nu Bokk, a rapidement réagi, dénonçant le « silence et le mépris » de l’État. Si l’indignation est légitime, la posture de l’ancien maire de Dakar ressemble davantage à une manœuvre politique qu’à une réelle prise de responsabilité.
En pointant du doigt l’État actuel, il occulte volontairement le rôle de sa propre famille politique dans l’aggravation de la crise des bourses et de la précarité étudiante, des problèmes anciens et structurels.
La crise des bourses à l’UCAD n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une histoire de promesses non tenues, de réformes inabouties et d’une gestion chaotique de l’enseignement supérieur. Dès les années 2000, sous la présidence d’Abdoulaye Wade, la généralisation des bourses a créé un système insoutenable, où l’État dépense davantage pour nourrir les étudiants que pour améliorer les infrastructures ou la qualité académique. Les arriérés de bourses, les retards de paiement et les tensions sociales qui en découlent sont des réalités bien antérieures à l’arrivée du gouvernement actuel. Pourtant, Barthélémy Dias, comme d’autres responsables politiques, semble découvrir aujourd’hui l’urgence de la situation, alors que sa formation a longtemps participé à la gestion du pays.
Dans ses déclarations, Barthélémy Dias se présente en défenseur des étudiants, affirmant avoir « tiré la sonnette d’alarme » il y a quelques semaines. Pourtant, où était-il lorsque les gouvernements successifs, y compris ceux auxquels il a appartenu ou soutenu, ont laissé pourrir la situation ? Le non-paiement des bourses, la précarité étudiante et l’absence de réformes structurelles sont des problèmes qui traversent les mandats, sans que des solutions durables ne soient proposées. S’indigner après le drame, sans assumer le silence d’hier, relève moins de la solidarité que de l’opportunisme.
La mort d’Abdoulaye Ba est une tragédie nationale, mais elle ne doit pas servir de prétexte à des règlements de comptes politiques. Barthélémy Dias, en dénonçant le « silence de l’État », oublie que la crise actuelle est le résultat d’années d’inaction et de décisions politiques contestables, comme la généralisation des bourses sous Wade, qui a transformé un outil d’aide sociale en instrument de régulation politique. Aujourd’hui, face à l’émotion collective, il est facile de pointer du doigt le gouvernement en place. Mais où sont les propositions concrètes pour sortir de l’impasse ? Où sont les plans de réforme, les concertations sérieuses avec les syndicats étudiants, les engagements budgétaires clairs ?
La crise des bourses est un symptôme d’un malaise plus profond : un système universitaire à bout de souffle, des infrastructures saturées, et un dialogue social inexistant. Plutôt que de s’attaquer à ces problèmes de fond, certains préfèrent exploiter la colère des étudiants pour des gains politiques. Cette stratégie n’est pas nouvelle au Sénégal, où les tragédies sont souvent récupérées pour alimenter les tensions et affaiblir l’adversaire.
L’histoire politique sénégalaise regorge d’exemples d’instrumentalisation des crises. Que ce soit sous Macky Sall, Abdoulaye Wade ou Abdou Diouf, les tragédies sociales ont souvent été utilisées pour mobiliser l’opinion ou discréditer l’opposition. La mort d’Abdoulaye Ba rappelle tristement d’autres drames, comme les violences étudiantes de 2021 ou les crises répétées à l’UCAD, où les responsables politiques ont préféré les postures aux solutions. À chaque fois, les mêmes schémas se répètent : indignation médiatique, promesses de changement, puis retour au statu quo.
La mort d’un étudiant ne doit pas être réduite à un outil de communication politique. Elle doit servir de déclic pour une remise en question collective. Barthélémy Dias, comme d’autres, a une responsabilité dans l’état actuel de l’enseignement supérieur. Plutôt que de jouer les tribuns, il serait plus utile de proposer des pistes pour une réforme en profondeur du système des bourses, une meilleure gestion des universités et un dialogue sincère avec les étudiants.
La tragédie de l’UCAD nous rappelle que la politique ne peut se contenter de postures. Elle exige du courage, de la transparence et une volonté réelle de changer les choses. En attendant, les étudiants, eux, continuent de payer le prix de l’irresponsabilité collective.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 12/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





