Mort d’Abdoulaye Ba : Quand la loi masque les responsabilités - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 13/02/2026 03:02:40

Mort d’Abdoulaye Ba : Quand la loi masque les responsabilités

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Le 10 février 2026, le gouvernement a tenu un point de presse à Dakar après le décès de l’étudiant Abdoulaye Ba, inscrit en deuxième année de médecine à l’université Cheikh Anta Diop. Me Bamba Cissé, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, a expliqué les circonstances de l’intervention des forces de sécurité et a rappelé la portée de la loi 94-79 du 24 novembre 1994 sur les franchises universitaires.

La déclaration officielle a été brève et défensive: «les forces de défense et de sécurité ne violeront jamais les franchises universitaires», a affirmé le ministre. Cette assurance sonne creuse pour les familles qui demandent une enquête indépendante et pour une opinion publique troublée par l’opacité autour de la mort de M. Ba.

La loi 94-79 protège certains espaces universitaires mais ne couvre pas l’ensemble du campus, selon le ministre. Les autorités ont annoncé la création d’une cellule de dialogue permanent entre étudiants et forces de sécurité pour apaiser les tensions et garantir la sécurité sur le site.

Le propos gouvernemental se focalise sur la loi et sur des garanties institutionnelles, mais plusieurs points factuels restent en suspens. D’abord, l’exacte localisation et le déroulé chronologique des faits entourant la mort d’Abdoulaye Ba n’ont pas été publiés. Ensuite, la nature des blessures, l’existence d’un rapport médico-légal accessible et l’identification des intervenants des forces de sécurité n’ont pas été communiquées au public. Les familles exigent la transmission de toutes les pièces du dossier et la désignation d’un organisme indépendant pour établir la vérité.

La référence répétée à la loi de 1994 masque une réalité tangible: les franchises universitaires ne protègent pas uniformément les étudiants et les campus africains ont connu des interventions policières controversées auparavant, comme lors d’incidents récents dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest où des enquêtes extérieures ont fait la lumière sur des violences cachées. Comparée à ces précédents, la réponse étatique actuelle privilégie la maîtrise de l’image plutôt que la transparence procédurale.

La minimisation des responsabilités par la déclaration officielle peut se lire à travers trois faits vérifiables. Premièrement, l’annonce d’une cellule de dialogue ne remplace pas la production immédiate d’un rapport d’autopsie ou d’un procès-verbal d’intervention. Deuxièmement, l’affirmation selon laquelle les forces «ne violeront jamais» les franchises ne répond pas à la demande de savoir si les intervenants étaient en uniforme, sous commandement identifié et s’ils ont respecté les règles d’engagement. Troisièmement, l’absence d’engagement explicite pour une enquête indépendante laisse la famille d’Abdoulaye Ba dans l’expectative et expose l’État à une crise de légitimité.

La famille insiste pour une enquête menée par des experts indépendants, avec accès aux témoins étudiants, aux enregistrements vidéo et aux résultats d’autopsie. Les organisations de défense des droits ont pour leur part rappelé que des mécanismes judiciaires internes risquent d’être perçus comme partiaux. Une comparaison avec les pratiques judiciaires dans des États qui ont accepté des commissions indépendantes révèle que la confiance publique se restaure plus rapidement quand la transparence est totale.

Des chiffres institutionnels disponibles montrent une hausse des incidents sur les campus universitaires au Sénégal ces dernières années, avec des blocages et des affrontements recensés par des observateurs étudiants. Les recommandations des organisations internationales sur la gestion des manifestations universitaires insistent sur la séparation nette entre maintien de l’ordre et répression, sur l’accès rapide à des examens médico-légaux et sur la communication publique des éléments d’enquête.

Sur le plan factuel, le gouvernement a réagi le 10 février en rappelant la loi et en promettant une cellule de dialogue, tandis que la famille réclame une enquête indépendante et l’accès aux pièces du dossier. Les lacunes d’information persistent: absence de rapport public détaillé, silence sur les preuves médico-légales et sur l’identification des intervenants. Tant que ces éléments ne seront pas accessibles, la déclaration officielle restera perçue comme une tentative de minimiser la responsabilité des forces de sécurité et la vérité sur la mort d’Abdoulaye Ba restera obscurcie.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba T.
Mis en ligne : 13/02/2026

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