Crise à l’UCAD : La mémoire courte des responsables politiques - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 14/02/2026 12:02:00

Crise à l’UCAD : La mémoire courte des responsables politiques

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Abdoulaye Wilane a raison de s’indigner : « Un pays qui laisse mourir ses étudiants perd son âme. » La phrase est forte, juste, et elle résonne comme un cri d’alarme face à la tragédie qui secoue l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Pourtant, elle sonne aussi comme une amnésie sélective. Car la crise universitaire sénégalaise n’est pas née d’hier, et ceux qui aujourd’hui dénoncent avec véhémence les violences, les retards de bourses et les fermetures de campus ont souvent été, hier, des acteurs ou des témoins silencieux de dysfonctionnements similaires.

Depuis plus d’une décennie, l’université sénégalaise est le théâtre de tensions récurrentes. Les retards de bourses, les fermetures de campus et les affrontements avec les forces de l’ordre ne datent pas de 2026. Dès 2021, 2023 et 2024, les crises sociopolitiques et les fermetures liées à la pandémie ont déjà « arrimé le calendrier académique au calendrier électoral », comme le souligne le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES).

En 2020, les campus ont fermé pendant des mois, et les étudiants ont vu leurs bourses gelées ou retardées, sans que cela ne suscite une mobilisation unanime de la classe politique. La massification de l’enseignement supérieur, avec plus de 150 000 boursiers en 2024 contre 36 000 en 2000, a transformé la bourse en outil d’apaisement social plutôt qu’en levier de mérite. Les réformes du système LMD, introduites dans les années 2010, devaient moderniser l’université, mais elles ont surtout accumulé les retards et les frustrations, sans réponse structurelle.

Quand Abdoulaye Wilane dénonce « une réponse sécuritaire » et la fermeture des restaurants universitaires, il oublie que ces mesures ont déjà été prises par le passé, parfois sous des gouvernements auxquels son propre parti a participé. En 2021, 2023 et 2024, les mêmes scènes de violences, les mêmes retards de bourses et les mêmes fermetures de campus ont eu lieu, sans que la classe politique ne s’émeuve avec la même intensité. La société civile et les droits de l’hommistes demandent aujourd’hui le retrait des forces de sécurité des universités, mais où étaient ces voix quand, année après année, les étudiants subissaient les mêmes traitements ?

La crise actuelle n’est pas seulement le fait d’un gouvernement ou d’une réforme mal gérée. Elle est le résultat d’années de négligence, de promesses non tenues et de réformes imposées sans concertation. Le SAES rappelle que les problèmes de calendrier académique, de manque d’infrastructures et de dialogue insuffisant sont connus depuis plus de dix ans. Pourtant, rares sont ceux qui, comme Abdoulaye Wilane, assument leur part de responsabilité dans ce gâchis. La jeunesse sénégalaise mérite mieux qu’une indignation sélective. Elle mérite une mémoire lucide, qui reconnaisse que les erreurs d’aujourd’hui sont souvent les conséquences des silences d’hier.

Au Mali, au Burkina Faso ou au Bénin, les universités ont aussi connu des fermetures prolongées et des violences policières. Mais dans ces pays, comme au Sénégal, les crises universitaires sont rarement traitées à leur racine. On gère l’urgence, on calme les tensions, et on recommence. La différence, c’est que dans ces pays, les responsables politiques assument rarement leur part de responsabilité historique. Au Sénégal, la jeunesse attend plus : elle attend que ceux qui parlent au nom de la morale publique reconnaissent aussi leurs propres manquements.

Oui, un pays qui laisse mourir ses étudiants perd son âme. Mais un pays qui oublie ses propres erreurs pour mieux dénoncer celles des autres perd aussi sa crédibilité. La crise universitaire sénégalaise est grave, et elle exige des solutions durables : dialogue, transparence, et surtout, une reconnaissance honnête des responsabilités passées. La jeunesse n’a pas besoin de tribuns, elle a besoin de vérité. Et la vérité, c’est que cette crise est le fruit d’années de gestion approximative, de réformes bâclées et d’un manque de courage politique. Avant de pointer du doigt, il faudrait peut-être commencer par tendre la main – et reconnaître que l’université sénégalaise mérite mieux qu’une indignation à sens unique.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 14/02/202
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