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Je ne peux rester indifférent face au traitement contrasté réservé par les institutions sénégalaises à deux crises sanitaires majeures : l’affaire Softcare, qui touche directement la santé des femmes et des enfants, et le dossier de la transmission du VIH impliquant Pape Cheikh Diallo. Alors que le ministère de la Santé et l’Assemblée nationale ont réagi avec une célérité remarquable dans le second cas, leur inertie face aux produits Softcare, pourtant destinés aux populations les plus fragiles, révèle un double standard inquiétant.
Depuis décembre 2025, l’affaire Softcare défraie la chronique. Des inspecteurs de l’Agence sénégalaise de régulation pharmaceutique (ARP) ont révélé la présence de 1 300 kg de matières premières périmées dans l’usine de l’entreprise, utilisées pour fabriquer des couches et des serviettes hygiéniques. Le Dr Moussa Diallo, responsable de l’inspection, a dénoncé des tentatives de corruption et des pressions pour étouffer le dossier, affirmant avoir été approché à plusieurs reprises avec des valises remplies d’argent. Malgré ces alertes graves, les produits incriminés restent disponibles sur le marché, et les conclusions de l’enquête promise par le ministère de la Santé se font toujours attendre. Pire, après un premier communiqué ordonnant le retrait des produits, l’ARP a fait volte-face, suscitant l’indignation des citoyens et des professionnels de santé.
La comparaison avec la gestion de l’affaire Pape Cheikh Diallo est édifiante. En quelques jours, le ministère de la Santé a publié un communiqué rassurant sur la lutte contre le VIH, rappelant les dispositifs de prévention et de traitement, et affirmant son engagement à protéger la santé publique. Pourtant, face aux risques avérés posés par Softcare, les mêmes autorités brillent par leur silence et leur lenteur. Alors que des manifestations citoyennes et des députés, comme Guy Marius Sagna, exigent des comptes, l’enquête parlementaire annoncée traîne en longueur, et les produits potentiellement dangereux continuent de circuler.
Ce deux poids, deux mesures interroge : pourquoi une telle réactivité pour un dossier médiatisé, et une telle passivité pour un scandale qui menace la santé des plus vulnérables ? La réponse semble résider dans la nature des enjeux. L’affaire Pape Cheikh Diallo, liée à l’homosexualité et à la transmission du VIH, a suscité une indignation morale et sociale immédiate, poussant les autorités à agir rapidement pour apaiser l’opinion. À l’inverse, le dossier Softcare, bien que tout aussi grave, ne bénéficie pas de la même visibilité médiatique, ni de la même pression populaire. Les femmes et les enfants, principaux utilisateurs de ces produits, semblent relégués au second plan.
Premièrement, la santé des femmes et des enfants devrait être une priorité absolue. Les serviettes hygiéniques et les couches périmées ou contaminées peuvent provoquer des irritations, des infections, voire des complications plus graves. Deuxièmement, l’absence de transparence et les soupçons de corruption minent la confiance dans les institutions. Comment croire en la rigueur de la régulation sanitaire quand des inspecteurs dénoncent des pressions et des tentatives de corruption, et que les décisions officielles oscillent entre retrait et réintégration des produits ?
Enfin, cette affaire révèle les failles d’un système où la santé publique est parfois sacrifiée sur l’autel des intérêts économiques ou politiques. La filiale sénégalaise de Softcare, appartenant à un groupe chinois, opère dans plusieurs pays africains. Son influence et ses réseaux pourraient expliquer la prudence – voire la complaisance – des autorités.
Le Sénégal mérite mieux que cette gestion à géométrie variable. Les citoyens ont le droit de savoir si les produits qu’ils utilisent sont sûrs, et les institutions ont le devoir de les protéger, sans distinction. L’affaire Softcare n’est pas qu’un scandale sanitaire : c’est un test pour notre démocratie et notre éthique. Tant que les conclusions de l’enquête ne seront pas rendues publiques et que des mesures concrètes ne seront pas prises, le doute persistera, et la méfiance envers les autorités grandira.
Je lance un appel solennel au ministère de la Santé et à l’Assemblée nationale : la santé des Sénégalais ne doit pas être une variable d’ajustement. Il est temps de sortir du silence, de publier les résultats de l’enquête, et de retirer définitivement du marché tout produit présentant un risque. La crédibilité de nos institutions en dépend.
Cette affaire rappelle d’autres scandales sanitaires en Afrique, où des produits de consommation dangereux ont continué à circuler en raison de la lenteur des procédures ou de la corruption. Au Cameroun, par exemple, des consommatrices ont également signalé des problèmes similaires avec les produits Softcare, sans réponse satisfaisante. Le Sénégal a l’opportunité de montrer l’exemple en plaçant la santé publique au-dessus de toute autre considération.
Qu’en pensez-vous ? La santé des plus vulnérables doit-elle être sacrifiée sur l’autel de l’opportunisme politique ou économique ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 15/02/2026
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