Mort d’Abdoulaye Ba à l’UCAD : L’heure des explications - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Maimouna | Publié le 15/02/2026 03:02:40

Mort d’Abdoulaye Ba à l’UCAD : L’heure des explications

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Le procureur de la République a annoncé l’ouverture immédiate d’une enquête après des affrontements sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ayant provoqué la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba et plusieurs blessés. Les heurts ont opposé des étudiants à des éléments de la Police nationale; la Sûreté urbaine et la Division des investigations criminelles ont été saisies, une autopsie a été pratiquée et des auditions ont eu lieu.

La communication du parquet insiste sur la rapidité de la procédure et appelle au calme, tandis que certaines rumeurs faisant état de violences physiques sur la victime sont, selon les premiers éléments, non corroborées.

Les faits se sont produits sur le campus de l’université à Dakar lors d’affrontements entre étudiants et forces de l’ordre; la victime était en deuxième année à la Faculté de Médecine. Des dégâts matériels importants et de nombreux blessés ont été signalés.

La décision de confier l’enquête à la Sûreté urbaine et à la Division des investigations criminelles place l’instruction sous l’égide exclusive des services de police judiciaire. Ces unités disposent de prérogatives pour conduire des auditions, procéder à des constatations et centraliser les éléments médico-légaux, mais elles restent organiquement liées à l’appareil sécuritaire qui intervenait sur les lieux. L’autopsie et le transport sur les lieux sont des actes investigatifs classiques, utiles pour établir des faits médicaux et circonstanciels. Les auditions peuvent fournir des témoignages, toutefois elles n’offrent pas automatiquement les garanties d’indépendance, de sécurité et de confidentialité auxquelles peuvent prétendre des témoins menacés.

Le communiqué du parquet signale que les éléments disponibles ne corroborent pas certaines allégations; cette précision vise à contrer les rumeurs, mais elle ne remplace pas la transparence d’un dossier accessible aux experts indépendants. La rapidité de l’annonce publique répond à un impératif immédiat de pacification de l’espace public, un objectif différent de celui d’une enquête transparente menée par des intervenants externes spécialisés.

Les faits retenus permettent de soulever plusieurs limites factuelles: l’absence annoncée d’experts médico-légaux externes dans la liste des intervenants restreint la vérification indépendante des résultats d’autopsie; aucun dispositif explicite de protection des témoins n’a été rendu public, ce qui peut décourager des dépositions indispensables; enfin, la centralisation des actes d’enquête au sein des services internes accroît le risque de conflits d’intérêt perçus par les familles et les témoins. Ces constats ne jugent pas la probité des services, ils mettent en lumière des déficits de garantie procédurale qui existent dans d’autres affaires sensibles.

La promptitude affichée du parquet répond à une logique de gestion de l’opinion publique: annoncer l’ouverture d’une enquête, égrener des actes d’enquête et déclarer que les rumeurs ne sont pas corroborées réduit l’espace médiatique autour de la contestation. En comparaison avec des pratiques judiciaires où des experts indépendants et des observateurs internationaux sont sollicités pour des cas similaires, la procédure décrite reste fermée sur elle-même. Comparée à des enquêtes ayant impliqué des panels externes, cette méthode offre moins de protections perçues pour les témoins et moins de garanties de neutralité scientifique.

Des standards internationaux conseillent l’intervention d’experts médico-légaux indépendants et la mise en place de mesures de protection pour les témoins dans les enquêtes sur des décès survenus lors d’affrontements publics. Sur le plan national, le recours exclusif aux services de police judiciaire dans des dossiers impliquant l’usage de la force soulève régulièrement des demandes de transparence de la part des familles et des organisations de la société civile.

Les faits établis par le parquet sont précis: décès d’un étudiant, saisie de la Sûreté urbaine, réalisation d’une autopsie et d’auditions. Ces éléments sont indispensables à l’instruction, mais ils laissent subsister des questions concrètes sur l’indépendance et la protection des témoins, ainsi que sur la participation d’experts extérieurs. La rapidité de la communication publique joue un rôle apaisant, tandis que l’architecture procédurale retenue pose des interrogations sur les garanties d’impartialité que réclament la famille de la victime et une opinion publique attentive.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadidiatou F.
Mis en ligne : 15/02/2026

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