Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
La Coordination des étudiants de Saint‑Louis (CESL) a décrété, lundi 16 février à l’Université Gaston Berger, «72 heures de Journées sans ticket» avec la gratuité des services de restauration. L’action vise à «exiger» la «vérité et la justice» après la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba lors de violences policières; les étudiants demandent aussi la «libération immédiate et sans condition» des détenus à l’UCAD et le paiement intégral des rappels de bourses. Cette initiative est annoncée comme renouvelable.
Pourtant, transformer ce deuil en levier unique de mobilisation comporte des risques sérieux pour les familles et pour la cohésion étudiante, et ces risques méritent d’être examinés sans langue de bois.
Les tensions universitaires s’inscrivent dans un mouvement national contre la réforme des bourses et dans des manifestations récentes sur plusieurs campus sénégalais, avec des arrestations et des affrontements signalés depuis plusieurs semaines.
La décision de la CESL repose sur des revendications factuelles et des griefs précis: la mort d’un étudiant, des arrestations à l’UCAD, et un décret de 2014 sur les allocations d’études contesté par une partie du milieu universitaire. Ces éléments légitiment la colère. Cependant, convertir la mémoire d’Abdoulaye Ba en prétexte pour des actions unilatérales soulève au moins trois problèmes documentés par des précédents de mobilisation étudiante au Sénégal et ailleurs.
D’abord, l’instrumentalisation du deuil risque d’effacer la voix des proches. Les familles de victimes cherchent souvent une enquête transparente et un accompagnement psychologique; quand la mobilisation est conduite uniquement par des structures politiques ou par des comités qui imposent des formes d’action, la parole des proches peut être marginalisée. La revendication portée par la CESL inclut «vérité et justice», mais rien dans l’annonce ne précise la coordination avec la famille d’Abdoulaye Ba ni les modalités d’accompagnement.
Ensuite, les actions unilatérales exposent les étudiants à une fragmentation interne. Des syndicats étudiants différents ont déjà adopté des tactiques opposées sur d’autres campus, ce qui complique la négociation avec l’administration et le gouvernement. Une manifestation prolongée ou des grèves de services sur un campus peuvent opposer des étudiants bénéficiaires de bourses aux étudiants précaires qui dépendent du repas subventionné, créant ainsi une division sociale au sein même de la communauté universitaire.
Enfin, les stratégies de confrontation ont montré leurs limites pour obtenir des recours institutionnels rapides. Les autorités peuvent répondre par des fermetures temporaires, par des procédures disciplinaires ou par une répression policière accrue, ce que les universités sénégalaises ont déjà connu lors de mouvements antérieurs. Comparer cette situation avec des mobilisations étudiantes en Afrique de l’Ouest montre que les actions concertées avec des procédures judiciaires et des médiations sont plus susceptibles d’aboutir à des enquêtes publiques et à des réformes durables que les actions isolées et symboliques. Une autre comparaison avec des dossiers internationaux indique que la visibilité médiatique sans stratégie juridique peut s’essouffler et laisser les familles sans réparation.
Les éléments factuels disponibles soulignent que l’efficacité des revendications dépendra de la capacité à articuler action de rue, exigence judiciaire et coordination avec les proches des victimes. Les risques documentés incluent la polarisation des campus, l’éviction de la famille du débat et l’épuisement des soutiens publics si les actions restent purement symboliques. La revendication du paiement des rappels de bourses et la demande de révision du décret de 2014 sont mesurables et négociables par voie administrative; les porter exclusivement au plan de la protestation publique n’est pas garanti d’aboutir.
Des précédents étudiants au Sénégal montrent que les négociations gagnantes ont combiné pression collective et recours formels: pétitions adressées aux ministères, saisines des juridictions compétentes et alliances avec des associations de parents d’étudiants. Les statistiques officielles sur les allocations d’études et sur le nombre d’arrestations récentes restent à consolider publiquement pour appuyer toute revendication de façon irréfutable.
Les faits posent un impératif de justice pour la mort d’Abdoulaye Ba et pour les revendications liées aux bourses; ils fondent la colère étudiante. Mais les données qui entourent les mobilisations montrent aussi que transformer un drame familial en moteur d’actions unilatérales comportera des coûts humains et stratégiques: risque d’éloignement des familles, fragmentation des étudiants et faiblesse des résultats pratiques. Une trajectoire qui combine transparence judiciaire, coordination avec les proches et démarches administratives formelles offre, d’après les expériences recensées, de meilleures chances d’aboutir à des réparations réelles que des initiatives uniquement symboliques.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Karim T.
Mis en ligne :16/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





