Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Les récentes opérations des Douanes dans le Centre et le Sud-est du Sénégal, saluées comme des succès, révèlent en réalité l’ampleur d’un fléau bien plus profond : l’infiltration de réseaux criminels transnationaux qui menacent la santé publique et l’économie nationale. Si les saisies de médicaments contrefaits, d’aphrodisiaques clandestins et de chanvre indien sont présentées comme des victoires, elles ne sont que la partie émergée d’un iceberg. Derrière ces produits, c’est toute une économie souterraine qui prospère sur la vulnérabilité des populations, avec des méthodes toujours plus sophistiquées.
Je m’interroge : ces opérations, aussi nécessaires soient-elles, suffisent-elles à endiguer une menace qui s’adapte, se professionnalise et corrompt jusqu’aux fondements de notre société ?
L’Afrique de l’Ouest est devenue un carrefour stratégique pour le trafic de drogues et de médicaments illicites. Selon l’ONUDC, la région concentre 44 % des saisies mondiales de cannabis et voit exploser la consommation de substances psychoactives, avec une hausse de 23 % en dix ans. Au Sénégal, les trafics ne se limitent pas aux frontières : ils s’immiscent dans les villes, les marchés, et même les lieux de culte, comme en témoignent les arrestations de trafiquants déguisés en guides religieux. Ces réseaux, souvent liés à des groupes armés ou à des mafias internationales, exploitent la porosité des frontières, la corruption et l’absence de législation adaptée pour inonder le pays de produits mortifères.
Les chiffres impressionnent : 58 millions de francs CFA de médicaments saisis à Colobane, 15 kg de chanvre indien dissimulés sur des corps, 12 millions de francs CFA de faux médicaments interceptés à Kédougou. Pourtant, ces succès ponctuels masquent une réalité alarmante : les trafiquants innovent sans cesse. L’utilisation de déguisements religieux, le recours aux transports en commun, ou encore la dissimulation de produits sur des individus âgés montrent une capacité d’adaptation qui dépasse largement les moyens des Douanes. Pire, ces saisies ne représentent qu’une infime partie du flux réel. En 2023, la CEDEAO estimait que 20 à 60 % des médicaments en circulation en Afrique de l’Ouest étaient des contrefaçons. Au Sénégal, l’absence de loi criminalisant spécifiquement le trafic de médicaments favorise l’impunité des réseaux.
Malgré des performances financières records (1 286 milliards de FCFA de recettes douanières en 2025), les Douanes peinent à suivre le rythme des trafiquants. Les 4,7 tonnes de produits illicites saisies en 2025 ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan de criminalité. Le Plan stratégique national de lutte contre la drogue (2021-2025) vise à renforcer les capacités des acteurs, mais son application reste lente et inégale.
Les faux médicaments tuent près d’un demi-million d’Africains chaque année, selon l’ONUDC. Au Sénégal, 40 % des consultations à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye concernent des troubles liés à la dépendance, notamment chez les jeunes. Les aphrodisiaques et opioïdes détournés, comme le tramadol, ravagent les communautés, tandis que les trafiquants ciblent délibérément les populations les plus vulnérables.
Le trafic de médicaments est 20 fois plus rentable que celui de la drogue, et son argent alimente d’autres fléaux, comme le terrorisme. En l’absence de sanctions dissuasives, les réseaux étendent leurs tentacules, corrompent les acteurs locaux et sapent la confiance dans les institutions.
En Côte d’Ivoire, la création d’une Agence de gestion des avoirs criminels a permis de confisquer les biens des trafiquants et d’assécher leurs ressources. Au Nigeria et au Ghana, des usines clandestines produisent des médicaments frelatés à grande échelle, avec des précurseurs en provenance de Chine. Ces exemples montrent que la répression seule ne suffit pas : il faut une approche intégrée, combinant législation, coopération régionale et sensibilisation.
Les saisies des Douanes sont un rempart nécessaire, mais insuffisant. Face à des réseaux qui se professionnalisent et s’internationalisent, l’État doit agir sur trois fronts : renforcer les moyens logistiques et humains des Douanes, criminaliser explicitement le trafic de médicaments, et impliquer la société civile dans la lutte contre la demande. La santé publique et la souveraineté économique ne se négocient pas. Il est temps de passer des opérations ponctuelles à une stratégie de long terme, sous peine de voir le Sénégal devenir un terrain de jeu pour les mafias de la drogue et des faux médicaments.
Je reste convaincu que sans une volonté politique forte et des moyens à la hauteur de la menace, les victoires annoncées ne seront que des illusions. La balle est dans le camp des autorités : sauront-elles transformer l’essai ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 16/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





