Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Des travailleurs journaliers des Industries Chimiques du Sénégal (ICS), sur le site de Mboro, ont déclenché une grève ce matin pour exiger le paiement d’arriérés de salaires. Les manifestants ont bloqué la route d’accès à l’usine et ont brûlé des pneus, paralysant les activités dès les premières heures. La mobilisation intervient en attente d’une réaction de la direction ou de l’ouverture de négociations sur les revendications salariales.
La colère s’est traduite par une action visible et immédiate sur le site, avec des perturbations de la chaîne de production et des accès routiers rendus impraticables.
Les travailleurs journaliers forment une main-d’œuvre majoritairement précaire sur le site et sont employés sans les garanties des contrats à durée indéterminée. Les arriérés de paiement sont la cause déclarée du mouvement de protestation.
L’incident de Mboro illustre la faiblesse des mécanismes de protection des travailleurs journaliers face aux retards de paiement et à l’absence de recours juridique accessible. Les travailleurs journaliers sont souvent engagés par des contrats précaires ou par des sous-traitants, ce qui complique l’identification de l’employeur responsable en cas de litige. Sur le plan administratif, l’absence d’une fiche salariale claire et d’un registre social officiel empêche la constitution rapide de preuves nécessaires pour saisir les juridictions du travail.
Le paysage juridique national prévoit des voies de recours pour les salaires impayés, mais l’accès effectif à ces voies reste limité pour des ouvriers qui disposent rarement des ressources financières pour supporter des procédures longues. Le coût d’une action judiciaire, le temps d’attente pour une audience et la nécessité d’un accompagnement juridique rendent la justice du travail souvent inabordable pour un salarié journalier. En pratique, beaucoup renoncent à poursuivre leur employeur, ce qui favorise les impayés comme mode de gestion des coûts salariaux.
Sur le plan institutionnel, les inspections du travail manquent fréquemment d’effectifs et d’outils pour contrôler les chaînes d’approvisionnement et les contrats précaires. Les mécanismes de sanction administrative restent insuffisants pour dissuader des retards récurrents de paiement, surtout lorsque l’entreprise principale externalise la main-d’œuvre. La situation sur le site chimique peut être comparée à celle observée dans d’autres secteurs à forte précarité, comme le bâtiment et l’agriculture, où les travailleurs journaliers subissent des délais de paiement et des ruptures contractuelles sans compensation effective.
Les faits montrent plusieurs fragilités: l’emploi précaire, l’opacité des sous-traitances et l’accès limité à la justice. Ces éléments combinés créent un terrain propice aux arriérés réguliers et à l’impunité économique. Quand un employeur retarde un paiement, le salarié journalier supporte immédiatement la privation de revenu sans filet social suffisant. Par comparaison, un employé permanent bénéficie d’indemnités, d’un contrat clair et d’une représentation syndicale souvent mieux structurée, ce qui réduit la probabilité d’impayés prolongés.
Des solutions institutionnelles existent ailleurs et fournissent des pistes de référence: des mécanismes de paiement garantie, des procédures rapides de conciliation et des services juridiques gratuits pour les travailleurs précaires. L’absence actuelle de tels dispositifs sur les sites industriels comme Mboro expose les salariés à des risques financiers immédiats et à une vulnérabilité structurelle.
Des rapports internationaux sur le travail précaire montrent que l’instabilité contractuelle augmente la probabilité de retards de salaire et réduit l’accès aux recours judiciaires. Les inspections ciblées et la transparence des contrats ont permis dans certains pays de réduire les arriérés en ramenant la responsabilité vers l’employeur principal. Adopter des mesures similaires permettrait de réduire les conflits sociaux violents et de protéger les revenus des travailleurs les plus fragiles.
L’événement de Mboro révèle une réalité simple et préoccupante: les travailleurs journaliers restent exposés aux arriérés et privés de recours accessibles. Les failles contractuelles, l’opacité des sous-traitances et les limites des inspections créent un déséquilibre structurel qui transforme un retard de salaire en crise sociale. Sans renforcement des protections juridiques et des dispositifs de garantie, ce type de mobilisation risque de se répéter et d’affecter durablement la stabilité économique et sociale des salariés concernés.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Oumou Khairy.
Mis en ligne :16/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





