L'Union africaine a parlé : Colonisation reconnue crime contre l’humanité - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 17/02/2026 09:02:00

L'Union africaine a parlé : Colonisation reconnue crime contre l’humanité

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Les dirigeants de l’Union africaine ont reconnu dimanche la colonisation comme « crime contre l’humanité » lors de la clôture du 39e sommet des chefs d’État à Addis Abeba, en Éthiopie. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine, a qualifié la décision d’« très importante ». Une conférence internationale sur les crimes du colonialisme s’était tenue à Alger les 30 novembre et 1er décembre 2025.

La proclamation vise à inscrire moralement et politiquement la responsabilité historique des puissances coloniales, mais elle suscite des attentes concrètes aussitôt que la déclaration est publiée: justice, réparation, poursuites. Le ton est solennel, la formulation nette, et la satisfaction visible chez certains dirigeants. Pourtant, la fête risque d’avoir des allures de cérémonie si elle n’est pas suivie d’outils réels pour traduire le principe en actes.

La décision s’inscrit dans une dynamique panafricaine de reconnaissance des dommages coloniaux et suit des initiatives politiques et académiques sur le continent visant à documenter les crimes et à réclamer réparation.

La reconnaissance symbolique rencontre des obstacles institutionnels facilement vérifiables. L’Union africaine n’est pas une juridiction pénale: elle adopte des résolutions politiques mais ne dispose pas d’un organe judiciaire capable d’ouvrir des poursuites. Le siège de la Cour pénale internationale à La Haye peut poursuivre des individus pour crime contre l’humanité, mais sa compétence dépend de ratifications, de renvois par des États parties ou par le Conseil de sécurité, et les procédures sont longues et coûteuses. Plusieurs États africains ont par le passé critiqué ou limité la coopération avec la Cour, ce qui crée une zone grise entre déclaration politique et action judiciaire effective.

La mise en œuvre d’une politique de réparation soulève des défis pratiques documentés. Des études universitaires et des commissions locales montrent que les mécanismes de réparation exigent des fonds, des listes de victimes et des cadres légaux nationaux pour reconnaître les préjudices. Les exemples de commissions de vérité et de réparation dans d’autres contextes indiquent que la transition de la parole symbolique à la réparation matérielle peut prendre des décennies et dépend fortement de la volonté des anciennes puissances coloniales à coopérer.

Sur le plan judiciaire, la poursuite d’acteurs étatiques historiques se heurte au principe de responsabilité individuelle en droit pénal international: les institutions n’encourent pas automatiquement la responsabilité pénale, ce sont des personnes physiques qui peuvent être poursuivies. Sur le plan diplomatique, plusieurs États dit colonisateurs n’ont pas encore accepté des cadres de réparation globaux, ce qui complique les demandes bilatérales et multilatérales. Sur le plan pratique, l’absence d’une stratégie claire et financée au niveau continental laisse un vide entre l’affichage politique et l’action concrète.

La reconnaissance proclamée par l’Union africaine prend la forme d’un marqueur politique important, mais le risque qu’elle reste une déclaration stérile est tangible et documenté. Sans texte contraignant, sans mécanisme de collecte des preuves et sans calendrier de réparation, la résolution peut rester un geste symbolique comparable à des résolutions passées qui n’ont pas débouché sur des procédures effectives. La proposition annoncée par le président ghanéen de déposer une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies en vue de qualifier la traite des esclaves africains comme « le plus grave crime contre l’humanité » illustre la volonté d’internationaliser la question, mais elle dépendra des majorités diplomatiques et des procédures onusiennes.

Des précédents montrent la difficulté de transformer la reconnaissance en actes: les commissions de vérité en Afrique du Sud et au Kenya ont produit des recommandations souvent partiellement mises en œuvre; les demandes de réparations historiques adressées à des États européens ont abouti à des réponses juridiques variées et rarement à des paiements globaux. Les institutions africaines disposent d’experts et d’archives, mais la consolidation d’un dossier juridiquement recevable nécessitera des collaborations transnationales, des ressources pour l’investigation et des accords diplomatiques sur la portée des réparations.

La décision de qualifier la colonisation de crime contre l’humanité marque une étape politique forte et symboliquement utile, mais les faits montrent plusieurs écarts entre l’énoncé et l’exécution. Sans la création de mécanismes judiciaires ou administratifs, sans coopération internationale et sans financement dédié, la reconnaissance risque de rester une formule généreuse mais inopérante. Le chemin vers la justice et la réparation demande des étapes concrètes et coordonnées, faute de quoi la déclaration restera surtout une photographie historique plus qu’un chantier de réparation effectif.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Emilie B.
Mis en ligne :17/02/2026

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