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Le Conseil de la paix lancé par Donald Trump tiendra sa première réunion à Washington le jeudi 19 février, dans les locaux de l’Institut des États-Unis pour la paix rebaptisé Institut Donald J. Trump pour la paix. Vingt-sept États se sont annoncés comme « membres fondateurs », Israël a rejoint le 11 février, et le mandat affiché couvre d’abord Gaza puis tout conflit armé mondial. L’instance exige un ticket d’entrée d’un milliard de dollars pour un siège permanent.
L’événement polarise les relations diplomatiques et suscite des critiques quant à la légitimité de cet organisme privé piloté par l’ancien président et un comité exécutif resserré. La tonalité est prudente mais critique: la réunion pose des questions sur la concurrence apparente avec les Nations unies et sur l’impact de mécanismes financés et dirigés hors des cadres multilatéraux établis.
La rencontre intervient alors que la reconstruction de la bande de Gaza reste bloquée et que l’idée d’une force internationale de stabilisation progresse sans détails publics sur la composition ou les contributeurs. L’initiative a été présentée à Davos et soutenue par une résolution du Conseil de sécurité proposée par Washington.
Le Conseil de la paix présente plusieurs caractéristiques factuelles susceptibles d’affaiblir la diplomatie multilatérale. Sa gouvernance est concentrée autour de Donald Trump et d’un comité exécutif comprenant Jared Kushner, Marco Rubio, Tony Blair et des figures du secteur privé, ce qui crée une hybridation public-privé atypique pour des missions de paix. L’adhésion revendiquée de 27 États cache des refus publics importants: la France a décliné l’invitation, l’Espagne, la Pologne, la Norvège et la Nouvelle-Zélande se sont aussi démarquées, tandis que des pays comme le Brésil sont restés silencieux. Plusieurs États participent seulement en tant qu’observateurs, dont l’Union européenne et l’Italie, signe d’une adhésion prudente plutôt que d’un soutien unanime.
Le mécanisme financier pose une rupture avec les principes de représentation égalitaire qui gouvernent l’ONU: un siège permanent facturé un milliard de dollars introduit un critère monétaire d’influence. Le financement annoncé — plus de 5 milliards de dollars comme acompte selon le président, puis une enveloppe ciblée de 70 milliards de dollars évoquée pour des projets — n’a pas été étayé par des engagements publics des pays membres, ce qui laisse planer un flou sur la transparence et la responsabilité financière.
Sur le plan opérationnel, le Conseil prévoit une « force internationale de stabilisation » et des forces de police locales sans préciser la chaîne de commandement, le mandat légal ni l’autorisation onusienne requise pour des opérations internationales de paix. L’Indonésie a évoqué la disponibilité de jusqu’à 8 000 soldats, mais aucun cadre juridique multilatéral ni règles d’engagement communes n’ont été rendus publics. Ce vide juridique risque d’engendrer des frictions avec le Conseil de sécurité et de fragmenter les efforts humanitaires et de protection civile sur le terrain.
La concentration du pouvoir décisionnel, l’ouverture à des contributions financières élevées pour l’influence politique et l’absence de garanties juridiques renforcent l’argument selon lequel le Conseil concurrence l’ONU. La multiplication d’instances parallèles affaiblit la cohérence des réponses internationales, comme l’illustre la coexistence d’une résolution onusienne et d’un organe séparé proposant des actions opérationnelles. Comparé au Conseil de sécurité des Nations unies, l’instance de Washington ressemble davantage à un club de pays et d’acteurs privés qu’à une institution interétatique fondée sur des procédures universelles. Comparé à des mécanismes internationaux éprouvés, elle souffre d’un déficit de transparence et de représentativité.
Des exemples concrets renforcent ces préoccupations: plusieurs pays européens ont conditionné leur participation à une modification de la charte, la France a invoqué l’incompatibilité avec ses engagements onusiens, et le Vatican a décliné la présence. Le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG) est annoncé comme organe local supervisé par le Conseil, mais sa composition de quinze Palestiniens et l’exclusion de responsabilités politiques posent des questions sur la légitimité locale et la durabilité des décisions imposées de l’extérieur.
La première réunion du Conseil de la paix marque l’entrée en scène d’un acteur qui redessine l’espace diplomatique par des moyens financiers et privés. Les données disponibles montrent une gouvernance centralisée, des critères d’influence monétisés et un flou juridique pour les opérations proposées, éléments susceptibles de concurrencer l’ONU et de fragiliser des processus déjà délicats. Sans clarifications publiques sur la transparence, la composition des forces et les engagements financiers, la nouvelle instance risque de multiplier les fractures diplomatiques plutôt que de contribuer à une paix durable.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Alfred L.
Mis en ligne : 21/02/2026
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