La France forme des bataillons en RDC : Menace pour la souveraineté ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 22/02/2026 01:02:00

 La France forme des bataillons en RDC : Menace pour la souveraineté ?

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

L’ambassade de France en République démocratique du Congo a confirmé la présence d’officiers de l’armée française à Kisangani, dans le nord-est du pays, déployés dans le cadre d’un programme de coopération militaire demandé par les autorités de Kinshasa et prévu jusqu’à la fin du mois de mars. Ces formateurs interviennent principalement auprès d’un bataillon jungle pour des actions de formation au combat et au secourisme.

Je reçois cette information avec une vive inquiétude. J’estime que l’envoi de militaires formateurs remet en cause la souveraineté congolaise et enferme Kinshasa dans une dépendance militaire qui risque d’empoisonner l’avenir politique et sécuritaire du pays. La présence étrangère, même présentée comme pédagogique, pèse comme une ombre sur l’autorité nationale.

Les bataillons jungle des Forces armées de la RDC ont été éprouvés par les combats de 2024 et 2025, et la France a déjà formé plusieurs unités depuis 2021, en mettant l’accent sur le combat en forêt et la lutte contre les engins explosifs.

La formation militaire étrangère se pare souvent de bonnes intentions, mais le geste a des conséquences politiques qui dépassent la simple transmission de techniques. Lorsque des officiers français prennent en charge la montée en puissance de bataillons congolais, ils n’apportent pas seulement des savoir-faire tactiques, ils tissent des liens d’influence, créent des dépendances logistiques et modèlent des doctrines qui peuvent s’imposer durablement. Je vois là le risque d’une normalisation de l’intervention étrangère dans la gestion des affaires internes de la RDC.

Sur le plan institutionnel, le recours régulier à des formateurs extérieurs fragilise l’autorité des états-majors locaux et affaiblit la capacité de l’État à produire sa propre expertise. Un comparatif s’impose: un pays qui construit ses écoles militaires renforce son autonomie; un pays qui externalise la formation s’expose à de longs rapports de subordination. Autre comparaison: la dépendance militaire ressemble à une dette invisible qui se rembourse par des concessions politiques futures, parfois subtiles, parfois décisives.

La sécurité opérationnelle n’est pas le seul enjeu. La légitimité des autorités de Kinshasa est en jeu auprès des populations qui attendent une armée nationale souveraine et non perçue comme instrument d’influences étrangères. Les images d’uniformes étrangers aux côtés des soldats locaux nourrissent les suspicions et offrent aux critiques internes un motif de contestation. J’estime que la bataille de l’opinion publique est aussi stratégique que la bataille sur le terrain.

Sur le plan stratégique, l’appui extérieur peut orienter les priorités des forces armées vers des formats adaptés aux intérêts du partenaire plutôt qu’aux réalités nationales. Les doctrines enseignées, les matériels conseillés et les modes d’organisation recommandés finissent par imposer une logique opérationnelle étrangère. À terme, la RDC risque de dépendre de procédures, d’équipements et de réseaux d’approvisionnement extérieurs, ce qui réduit la marge de manœuvre de ses dirigeants lors de crises internationales.

Premièrement, la souveraineté se mesure à la capacité d’un État à décider seul de sa politique de défense, sans avoir besoin d’un appui constant pour maintenir ses unités opérationnelles. Je soutiens que la répétition de missions de formation crée une normalité dangereuse. Deuxièmement, la dépendance affaiblit la responsabilité politique: si les succès et les échecs sont imputés à des acteurs extérieurs, les autorités nationales perdent leur crédit et leur obligation de réforme. Enfin, l’histoire regorge d’exemples où l’assistance militaire a servi d’outil d’influence politique, et la RDC n’est pas à l’abri de ce scénario.

Les bataillons jungle forment des unités d’environ 800 hommes, entraînées au combat en forêt et à la lutte contre les engins explosifs, domaines où l’expertise peut servir de levier. Les formations successives depuis 2021 ont déjà façonné plusieurs compagnies. Si la France affirme limiter son intervention à la formation, le fait demeure qu’une formation répétée finit par intégrer des ordres de priorité et des modes d’opération étrangers.

Je refuse l’idée que la souveraineté militaire puisse se troquer contre une aide ponctuelle présentée comme bienveillante. La RDC mérite des institutions capables de former, d’encadrer et d’assumer leurs forces sans dépendre d’interlocuteurs externes. Si les autorités de Kinshasa persistent dans cette voie, elles risquent de livrer une part de leur indépendance stratégique et de condamner le pays à une faiblesse chronique. Il faut élargir l’ambition: investir durablement dans des écoles militaires nationales plutôt que de compter sur des solutions importées qui finissent par dicter l’avenir.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 22/02/202
6

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top