Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le 12 février 2026, le ministre de l’Éducation nationale Moustapha Guirassy a inauguré une Smart Classroom au Lycée Galandou Diouf à Dakar, en présence d’une délégation ministérielle et de représentants de Huawei Technologies et de la SONATEL. Le dispositif comprend des écrans interactifs, des outils numériques collaboratifs et une connectivité haut débit, inscrit dans la Stratégie du Numérique pour l’Éducation 2025–2029. Le ministère présente cette salle comme un moyen de « moderniser les pratiques pédagogiques » et de « réduire les disparités d’accès ».
Cette réalisation suscite des interrogations sur les priorités d’investissement dans le système scolaire public, alors que des besoins matériels persistants demeurent dans de nombreux établissements.
Des informations publiques et des constats sur le terrain montrent que plusieurs écoles sénégalaises doivent encore faire face à des pénuries de cantines scolaires, à un accès insuffisant à l’eau potable et à des conditions de bâti scolaire dégradées, problématiques qui pèsent sur la sécurité et la santé des élèves.
La Smart Classroom inaugurée illustre une logique de projection technologique forte mais ciblée sur un équipement isolé. L’installation d’écrans et d’une connexion haut débit répond à des objectifs de digitalisation, mais elle reste localisée dans un lycée bien situé à Dakar. Le ministère met en avant l’intégration dans la Stratégie du Numérique pour l’Éducation 2025–2029, sans détailler simultanément un calendrier chiffré de rénovation des infrastructures de base. La communication officielle évoque une volonté d’« offrir aux élèves des environnements d’apprentissage connectés », ce qui pose la question de l’extension réelle de l’opération au-delà de quelques sites pilotes.
Les besoins élémentaires en milieu scolaire sont documentés par des rapports d’inspection et par les observations des communautés scolaires: écoles sans cantine entraînent une insécurité alimentaire pour les enfants issus de familles modestes, absence d’eau potable augmente les risques sanitaires et classes dangereuses exposent les élèves à des risques physiques immédiats. Investir une somme importante dans une seule salle intelligente peut retarder la prise en charge de ces urgences. Lorsqu’un établissement reçoit un équipement high-tech, il faut aussi assurer sa maintenance, la formation continue des enseignants et la sécurité électrique; autant de coûts récurrents qui pèsent sur un budget déjà contraint.
Comparaison avec d’autres priorités aide à rendre le propos concret: une cantine fonctionnelle ou la réfection d’une toiture permettent d’améliorer la fréquentation scolaire et la sécurité de centaines d’élèves, alors qu’une Smart Classroom bénéficie à un groupe limité d’utilisateurs si elle reste isolée. La fourniture d’eau potable dans plusieurs classes réduit immédiatement les maladies liées à l’eau, avec un impact sanitaire direct et mesurable.
La focalisation sur une vitrine technologique peut capter l’attention médiatique et mobiliser des partenaires privés, mais elle détourne des mécanismes budgétaires nécessaires à la sécurité et à la subsistance des élèves. Dans un contexte où l’équité territoriale est revendiquée, l’implantation ponctuelle d’équipements connectés ne compense pas l’absence d’une feuille de route chiffrée pour la cantine scolaire nationale, la sécurisation des bâtiments ou l’accès généralisé à l’eau potable. Pour mesurer l’effet réel de la digitalisation, il convient de juxtaposer le coût total d’une Smart Classroom avec le coût de réhabilitation d’une vingtaine de salles de classe dangereuses ou de la mise en place d’une cantine scolaire couvrant une commune entière.
Des évaluations internes et des études sectorielles indiquent que l’amélioration des conditions matérielles — cantines, eau, travaux de rénovation — favorise la fréquentation et la réussite scolaire. Les dépenses d’équipement technologique exigent un suivi régulier et un plan d’extension pour éviter que ces investissements ne restent concentrés sur un petit nombre d’établissements urbains, creusant ainsi les inégalités entre zones urbaines et rurales.
La Smart Classroom inaugurée au Lycée Galandou Diouf représente un progrès technologique ponctuel et un symbole fort pour la stratégie numérique. Cependant, les données disponibles et les constats de terrain montrent que des besoins primaires persistent et affectent la sécurité, la santé et la scolarisation de larges populations d’élèves. Sans priorisation budgétaire claire et sans extension rapide vers la restauration scolaire, l’eau potable et la réhabilitation des bâtiments dangereux, ce type d’investissement risque de rester une vitrine limitée, au bénéfice d’un nombre restreint d’élèves plutôt qu’un moteur d’équité pour l’ensemble du système éducatif.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Sadikh Diop.
Mis en ligne : 23/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





