Santé féminine négligée : Le SOPK, victime d’un système défaillant - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Santé | Par Maimouna | Publié le 24/02/2026 07:02:45

Santé féminine négligée : Le SOPK, victime d’un système défaillant

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L’Organisation mondiale de la santé classe le syndrome des ovaires polykystiques comme l’un des troubles hormonaux les plus fréquents chez les femmes en âge de procréer; elle estime sa prévalence mondiale entre 6 % et 13 %. Au Sénégal, la sage-femme Sina Diop du centre de santé Annette Mbaye d’Erneville à Ouakam signale une sous‑notification et un diagnostic souvent tardif. Les examens hormonaux restent peu accessibles et les spécialistes se font rares dans les structures publiques.

Je refuse de laisser ce constat glisser vers la fatalité. J’accuse le système de santé sénégalais d’abandon délibéré quand il s’agit de maladies féminines invisibles. Le silence institutionnel autour du SOPK est complice de la détresse de dizaines de milliers de femmes.

Le retard de diagnostic entraîne des complications métaboliques, des troubles psychologiques et des blocages sociaux liés à la fertilité. Les services de santé publique n’ont pas mis en place de dépistage organisé ni de filières de prise en charge adaptées.

J’observe trois défaillances coupables. D’abord, l’absence de dépistage systématique. Dans une nation où la parole médicale façonne le destin des femmes, laisser l’accès aux bilans hormonaux au gré des moyens privés revient à réserver la prise en charge à une élite. Les campagnes de sensibilisation sont timides, les messages confus; la conséquence est simple: des femmes apprennent leur diagnostic après des années d’errance médicale ou sociale.

Ensuite, le manque de spécialistes. Les gynécologues‑endocrinologues sont peu nombreux dans les hôpitaux publics et la formation continue sur le SOPK est marginale. Quand une jeune femme consulte pour des règles irrégulières ou de l’acné résistante, elle rencontre souvent une réponse banalisante: le stress, l’alimentation, le moment qui passe. Ce recours à l’évidence confortable a des coûts réels: retard de prise en charge, progression de la résistance à l’insuline, risques accrus de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires.

Enfin, la responsabilité des autorités sanitaires. J’estime que les décideurs ont failli à leur devoir de protection. La santé reproductive n’est pas qu’un slogan politique; c’est l’accès à des examens, la formation des personnels et la mise en place de protocoles clairs. La non‑publication de données nationales sur le SOPK ressemble à une stratégie d’évitement. Le résultat ressemble à une double peine pour les femmes: médicalement vulnérables et socialement stigmatisées.

Le fait que près de 70 % des cas restent non diagnostiqués dans le monde ne relève pas d’un mystère biologique seul; il traduit un manquement structurel. Quand la prise en charge repose sur les cabinets privés, la précarité devient facteur de maladie. J’ai rencontré des patientes qui ont subi des années d’humiliation familiale avant d’obtenir un rendez‑vous chez un spécialiste. Une femme m’a dit: « On m’a renvoyée chez moi avec des banalités pendant cinq ans. » Ce témoignage n’est pas isolé, il témoigne d’une culture médicale indifférente aux signaux féminins.

Comparer la situation sénégalaise à celle de pays qui ont intégré le dépistage du SOPK dans les consultations de planning familial met en lumière l’écart: là où l’État organise, les complications chutent; là où l’État se désengage, les vies se brisent. Comparer aussi la gestion du SOPK à celle d’autres maladies chroniques révèle un choix politique: investir quand le problème est visible et rentable, ignorer quand il est intime et féminisé.

Des mesures simples pourraient alléger la charge: protocoles nationaux pour le diagnostic, formation obligatoire des infirmières et des sages‑femmes, prise en charge partielle des bilans hormonaux dans les centres publics, et intégration du dépistage du SOPK dans les consultations de santé reproductive. Les données internationales montrent qu’une intervention sur le mode de vie associée à un suivi médical réduit les complications à long terme; refuser ces outils équivaut à accepter un fardeau évitable.

Je refuse la résignation face à ce que j’appelle une négligence institutionnelle. La santé des femmes ne doit plus être traitée comme une variable d’ajustement budgétaire ou comme une gêne culturelle à masquer. Les autorités sanitaires portent la responsabilité première: elles détiennent les leviers du dépistage, de la formation et de l’accès aux soins. Tant qu’elles n’agiront pas, les femmes continueront de payer le prix d’un système qui les ignore. Il est temps d’exiger une politique publique concrète pour sortir le SOPK de l’ombre et rendre justice aux corps qui souffrent en silence.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Amadou Fall.
Mis en ligne : 24/02/202
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