Vérifier avant de parler : La leçon que doit retenir les journalistes sénégalais - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Maimouna | Publié le 26/02/2026 11:02:00

Vérifier avant de parler : La leçon que doit retenir les journalistes sénégalais

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Le 23 février 2026, le chroniqueur Modou Fall de la Sen Tv a été condamné à six mois d’emprisonnement, dont un mois ferme, et à une amende de 200 000 FCFA par le tribunal de Dakar pour diffusion de fausses nouvelles. La procédure faisait suite à une auto-saisine du procureur après une émission du 16 février où M. Fall avait évoqué l’attribution à l’opposition des violences à l’Université Cheikh Anta Diop. L’avocat du prévenu avait demandé la relaxe, arguant d’une expression d’opinion.

La décision ouvre un débat public vif sur les limites de la parole médiatique et sur la manière dont la justice encadre les propos diffusés à grande audience. La sentence met en lumière la tension entre protection de l’ordre public et sauvegarde de la liberté d’expression, et invite à clarifier des règles qui protègent la démocratie tout en responsabilisant les acteurs de l’information.

Les heurts à l’Université Cheikh Anta Diop ont suscité une couverture médiatique intense et des réactions politiques, entraînant une surveillance judiciaire accrue des propos tenus dans les médias audiovisuels.

La condamnation de Modou Fall illustre plusieurs points factuels qui nourrissent un débat constructif. D’abord, la loi sénégalaise prévoit des sanctions pour diffusion de fausses nouvelles lorsque l’information porte atteinte à l’ordre public ou à la sécurité nationale. Ensuite, les médias audiovisuels atteignent des audiences massives au Sénégal, ce qui amplifie l’impact potentiel d’une information non vérifiée. Enfin, les procédures engagées par le procureur à la suite d’une émission témoignent d’une volonté institutionnelle de réagir rapidement face à des propos perçus comme dangereux.

Examiner la frontière entre liberté et responsabilité nécessite d’identifier des critères objectifs. La vérification factuelle avant diffusion, la séparation claire entre reportage et commentaire, et l’obligation de rectification en cas d’erreur constituent des mécanismes éprouvés. Des pays comme la France et le Royaume-Uni appliquent des codes de déontologie et des sanctions réglementaires pour les chaînes, ce qui permet de comparer des dispositifs: l’une repose sur l’autorité administrative de régulation, l’autre privilégie des recours civils rapides. Ces modèles montrent qu’il est possible d’encadrer la parole sans l’étouffer.

La décision judiciaire peut servir de catalyseur pour améliorer les pratiques médiatiques. En premier lieu, renforcer la formation des chroniqueurs et des journalistes sur la vérification des sources réduira le risque de diffusion d’informations erronées. En second lieu, instaurer des procédures internes de rectification et de transparence au sein des chaînes renforcera la confiance du public. En troisième lieu, créer un organe indépendant de médiation entre médias et autorités judiciaires offrira un filtre non judiciaire pour les conflits liés à la désinformation.

Ces mesures reposent sur des faits concrets: des études montrent que les chaînes ayant des chartes éditoriales strictes génèrent moins de signalements pour fausses nouvelles. De plus, les mécanismes de modération et d’amendes proportionnées à la portée des propos existent déjà dans plusieurs juridictions et peuvent être adaptés au contexte sénégalais.

Plutôt que d’enfermer le débat dans une opposition binaire entre censure et impunité, la décision du tribunal permet d’initier une réflexion structurée sur des règles de responsabilité adaptées. Clarifier le rôle différencié du commentaire politique et de l’information factuelle, établir des seuils de sanction proportionnés à la gravité du préjudice et promouvoir des formations professionnelles constituent des réponses pratiques. Une telle démarche protégerait la liberté d’expression tout en limitant la propagation volontaire ou négligente d’informations susceptibles de déstabiliser la vie démocratique.

Des rapports internationaux rappellent que la lutte contre la désinformation passe par l’éducation aux médias et par des régulations proportionnées. Le Sénégal peut s’inspirer d’approches hybrides combinant sanctions administratives limitées, recours judiciaires rapides et initiatives de transparence des médias pour créer un cadre efficace.

La condamnation de Modou Fall pose une question civique pressante: comment protéger la démocratie quand la parole des médias peut provoquer des troubles? En ouvrant un débat structuré sur la responsabilité éditoriale, la décision judiciaire offre une opportunité factuelle pour clarifier des règles, renforcer des pratiques professionnelles et adapter des mécanismes de contrôle proportionnés. L’objectif est simple et pragmatique: préserver la liberté d’expression tout en garantissant que l’information diffusée respecte les exigences de véracité et de responsabilité nécessaires à la stabilité démocratique.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Saliou G.
Mis en ligne : 26/02/2026

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