Contrôle technique des « Cheikhou Chérifou » : Une illusion de sécurité ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 27/02/2026 12:02:00

Contrôle technique des « Cheikhou Chérifou » : Une illusion de sécurité ?

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Le ministre des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, a annoncé lors d’une visite au centre de contrôle technique de Hann que, à compter du 3 mars, les minibus de transport public dits « Cheikhou Chérifou » devront passer un contrôle technique approfondi pendant une opération spéciale de deux mois. Le ministre a précisé que la période transitoire permettra la circulation des véhicules mais que « une fois cette période écoulée, les véhicules n’ayant pas subi la visite seront immobilisés ».

Cette mesure vise officiellement à réduire les accidents liés aux excès de vitesse et aux défaillances mécaniques, et elle cible des points comme la conformité du nombre de places et des supports de bagages.

Le contrôle intervient alors que ces véhicules bénéficient déjà d’une visite technique semestrielle; la convocation spécifique est présentée comme une réponse aux surcharges et aux modifications non conformes des minibus.

Sur le papier, la démarche se présente comme un renforcement des contrôles de sécurité pour les transports urbains informels. En pratique, la mesure concentre l’effort sur l’inspection ponctuelle des véhicules et sur la sanction administrative éventuelle, sans annoncer d’investissement majeur ni de calendrier pour la remise en état des routes ou pour l’amélioration des infrastructures de maintenance. Les statistiques publiques montrent que la sécurité routière dépend non seulement de l’état des véhicules, mais aussi de la qualité des routes, de la signalisation et de l’accès à des ateliers d’entretien certifiés. Les autorités n’ont pour l’instant communiqué ni budget spécifique pour moderniser les centres de contrôle, ni plan pour accompagner les propriétaires dans la mise en conformité, ce qui laisse planer un doute sur l’efficacité réelle de l’opération.

La focalisation sur les contrôles techniques ponctuels présente plusieurs limites factuelles. D’abord, l’argument selon lequel des vérifications semi-annuelles suffiraient ignore le rôle des infrastructures: des routes dégradées accélèrent l’usure des suspensions et des pneumatiques, augmentant mécaniquement le risque d’accident. Ensuite, l’absence d’un dispositif d’aide financière ou technique aux propriétaires rend peu probable une mise à niveau rapide des flottes, surtout pour des exploitants à faibles marges. Enfin, la menace d’immobilisation administrative peut pousser certains conducteurs à dissimuler les défauts ou à éviter les centres officiels, ce qui fragilise la traçabilité et la prévention à long terme.

Plus qu’une politique de fond, cette opération ressemble à une campagne visible: contrôle médiatique, dates précises et sanction annoncée. La communication met en scène la fermeté ministérielle sans indiquer de mesures parallèles indispensables, telles que la réhabilitation des axes routiers, la création d’incitations financières pour l’entretien ou la professionnalisation des opérateurs. En comparaison avec des campagnes de sécurité routière réussies à l’étranger, où l’inspection s’accompagne d’aides à la réparation et d’une modernisation des infrastructures, l’initiative locale paraît partielle. La comparaison avec des politiques intégrées montre que contrôler seulement les véhicules sans traiter l’environnement routier revient à soigner les symptômes plutôt que la maladie.

Des enquêtes nationales et des rapports internationaux établissent que les causes d’accidents impliquent fréquemment une combinaison de facteurs: état du véhicule, état de la route, formation du conducteur et conditions de surcharge. Des programmes qui ont réduit les accidents incluaient la reconstruction d’axes prioritaires, des subventions ciblées pour le remplacement des pièces de sécurité et des campagnes de formation obligatoires. Aucun de ces éléments n’a été annoncé en tant qu’accompagnement systémique à la campagne prévue.

L’appel à la conformité et la menace d’immobilisation donnent l’image d’une action décisive, mais les faits disponibles révèlent des vides importants autour du financement, de l’entretien des infrastructures et de l’accompagnement des propriétaires. Sans réponses structurelles pour les routes dégradées et sans soutien pour l’entretien mécanique, le contrôle technique intensif risque de rester une opération ponctuelle et spectaculaire plutôt qu’une politique de sécurité durable. La sécurité des passagers exige des réponses plus larges que la simple vérification administrative des minibus.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Aissatou K.
Mis en ligne : 27/02/2026

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