Les « Ndogou » gratuits à Dakar : Une solidarité qui appauvrit - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 27/02/2026 07:02:45

Les « Ndogou » gratuits à Dakar : Une solidarité qui appauvrit

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Un article récent met en lumière un paradoxe cruel à Dakar pendant le Ramadan : alors que les distributions gratuites de repas, les « Ndogou », apportent un réconfort bienvenu aux plus démunis, elles privent les petits commerçants de leurs revenus essentiels. Abdoulaye Gueye, vendeur de café Touba, et Arame Tall, mère célibataire vendant des beignets, en sont les visages. Leur détresse soulève une question fondamentale : la solidarité ne devrait-elle pas inclure ceux qui, par leur travail, nourrissent la ville ?

Je partage ici mon analyse critique de cette situation, en m’appuyant sur des faits et des comparaisons avec d’autres contextes.

Le Ramadan est un mois de générosité, où associations et donateurs s’organisent pour qu’aucun fidèle ne rompe le jeûne le ventre vide. Pourtant, cette aide, aussi louable soit-elle, a un coût invisible : elle asphyxie l’économie informelle. À Dakar, comme dans d’autres villes africaines, les petits commerçants dépendent de la vente de nourriture pour survivre. Quand des repas gratuits sont distribués à quelques mètres de leurs étals, leurs clients disparaissent, et avec eux, leurs moyens de subsistance. Le cas d’Abdoulaye, qui a dû ranger son thermos, ou celui d’Arame, incapable de payer les soins de son enfant asthmatique, illustrent cette réalité douloureuse.

Les organisateurs de distributions gratuites, comme Papa Ndiaye, affirment ne pas vouloir nuire aux commerçants. Pourtant, leur action a un impact direct : en offrant des repas, ils rendent obsolète l’achat auprès des vendeurs de rue. Le système actuel crée une dépendance chez les bénéficiaires, tout en fragilisant ceux qui, hier encore, gagnaient leur vie honnêtement. Pire, cette aide, souvent importée ou centralisée, contourne les circuits locaux, privant les micro-entrepreneurs d’un marché déjà précaire.

Des solutions existent pourtant. Le Secours Islamique France, par exemple, privilégie l’achat de denrées auprès des commerçants locaux pour ses colis alimentaires, soutenant ainsi l’économie de proximité. Au Sénégal, au Yémen ou au Pakistan, cette approche a fait ses preuves : elle nourrit les familles dans le besoin tout en préservant les revenus des petits fournisseurs. Pourquoi ne pas généraliser ce modèle à Dakar ?

Premièrement, la solidarité ne doit pas se faire au détriment de ceux qui en ont aussi besoin. Les petits commerçants, souvent issus des mêmes milieux défavorisés que les bénéficiaires des distributions, méritent d’être intégrés dans la chaîne de l’aide. Deuxièmement, une aide mal conçue peut aggraver les inégalités. En Éthiopie ou au Kenya, des programmes similaires ont montré que l’achat local renforce la résilience économique des communautés. Enfin, à Oran ou en Algérie, des campagnes de sensibilisation contre le gaspillage alimentaire rappellent l’importance de soutenir les marchés de proximité. À Dakar, un dialogue entre donateurs et commerçants pourrait permettre de transformer la charité en levier de développement.

Dans d’autres pays, comme le Maroc ou l’Algérie, les autorités régulent les prix pendant le Ramadan pour protéger à la fois les consommateurs et les commerçants. En Côte d’Ivoire, des contrôles renforcés évitent les pénuries artificielles et la spéculation. Ces exemples montrent qu’il est possible de concilier aide alimentaire et soutien à l’économie locale. À Dakar, l’absence de coordination entre acteurs humanitaires et petits commerçants aggrave la précarité de ces derniers.

La solidarité ne doit pas être un jeu à somme nulle, où les uns gagnent ce que les autres perdent. À Dakar, les « Ndogou » gratuits sauvent des vies, mais ils menacent aussi des moyens d’existence. Il est urgent de repenser ces distributions pour qu’elles incluent, plutôt qu’elles n’excluent, les petits commerçants. Une aide qui achète local, qui dialogue avec les acteurs du terrain, serait une vraie solidarité : celle qui nourrit sans affamer, qui donne sans prendre. Le Ramadan est un mois de partage ; faisons en sorte qu’il le soit pour tous.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 27/02/202
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