Ramaphosa et Poutine : Un remerciement controversé qui choque les familles - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 27/02/2026 04:02:00

Ramaphosa et Poutine : Un remerciement controversé qui choque les familles

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Le 24 février, la présidence sud-africaine a annoncé le rapatriement de 17 citoyens sud-africains enrôlés en Ukraine après avoir été, selon leurs récits, recrutés frauduleusement et envoyés sur la ligne de front. Les hommes, âgés de 20 à 39 ans, auraient été envoyés en Russie en juillet 2025 pour un prétendu entraînement et retrouvés intégrés aux forces combattantes. Le président Cyril Ramaphosa a exprimé sa « profonde gratitude » envers Vladimir Poutine pour avoir facilité leur évacuation.

J’exprime ici mon désarroi et mon indignation devant ce remerciement adressé à un acteur militaire impliqué indirectement dans les méthodes qui ont placé ces hommes en danger. Remercier un responsable qui a la main sur des opérations militaires, alors que des citoyens ont été trompés et contraints au combat, me semble moralement déplacé et politiquement dangereux.

Les familles ont pointé du doigt des liens politiques locaux et la fille d’un ancien président a démissionné face aux accusations. Le recrutement illégal viole la loi sud-africaine qui interdit de combattre pour un autre gouvernement sans autorisation.

Je refuse de divorcer la diplomatie de l’éthique. Le geste de gratitude de M. Ramaphosa ressemble moins à une reconnaissance désintéressée qu’à une transaction de surface destinée à récupérer des vies humaines à court terme sans interroger la responsabilité de l’autre partie. Dire merci à l’État qui contrôle l’appareil militaire impliqué dans l’embrigadement revient à ignorer la chaîne de responsabilité: qui a orchestré ces recrutements? Qui a fermé les yeux? Qui profite du silence? On ne peut pas applaudir la sortie des victimes et fermer les yeux sur les mécanismes qui les ont envoyées au front.

L’exemple ici est brutal. Imaginez qu’une compagnie privée dérobe des travailleurs, qu’un rival politique fournisse la logistique et que le chef d’État national salue le fournisseur pour avoir rendu des otages: la gratitude aurait des relents de complicité. Remercier Poutine après que des citoyens ont été trompés pour combattre, c’est comme remercier un pompier qui a allumé l’incendie avant d’éteindre la cheminée. La comparaison choque, mais elle met en lumière l’absurdité morale du geste.

Politiquement, ce remerciement fragilise la position sud-africaine face aux familles et à l’opinion publique. Les autorités doivent rendre des comptes sur l’enquête promise concernant le recrutement illégal, et la communication présidentielle devrait montrer plus de fermeté que de politesse diplomatique. Le public attend que son État protège ses ressortissants et demande des explications, pas qu’il adresse des marqueurs d’amitié à un acteur militaire responsable, même indirectement, de la mise en danger de ces hommes.

J’observe aussi un risque d’immunisation politique: la normalisation des relations avec des puissances militaires devient une excuse pour des arrangements opaques. Quand un État remercie un autre acteur militaire pour une coopération ponctuelle sans exiger des garanties transparentes, il envoie le signal que la protection des citoyens se négocie dans une coulisse obscure. Cette posture encourage les passeurs et les recruteurs, qui calculent le faible coût politique des rafistolages diplomatiques.

Primo, la morale et la dignité des victimes exigent une posture claire et exigeante. Les rapatriés méritent des soins, des poursuites contre leurs exploiteurs et une enquête indépendante, pas seulement des mots de gratitude à ceux qui ont participé au dispositif. Secundo, la légitimité de l’État sud-africain repose sur sa capacité à défendre ses citoyens face aux abus extérieurs et intérieurs; un remerciement naïf affaiblit cette légitimité. Tertio, la politique étrangère doit garder une cohérence éthique: négocier n’autorise pas à applaudir des actes ou à faire l’économie d’un questionnement public.

En creusant, on remarque que des cas similaires existent ailleurs, où des rapatriements se transforment en marchandages diplomatiques sans réparation réelle. Comparer cette situation à d’autres pays montre que la différence tient souvent à la pression citoyenne et à l’insistance des médias; sans ces leviers, les gouvernements cèdent à la gestion au jour le jour.

Des éléments concrets renforcent ces doutes: la loi sud-africaine interdit le mercenariat sans autorisation et plusieurs familles ont déjà fourni des témoignages publics détaillant les appâts utilisés. La démission d’une personnalité politique locale, sous la pression, suggère qu’il y a plus qu’un simple malentendu. Les autorités doivent publier les conclusions provisoires de l’enquête et expliquer pourquoi un remerciement public a été jugé opportun avant que toute responsabilité ne soit éclaircie.

Je refuse de célébrer un retour de vies sauvées en passant sous silence l’origine du drame. Remercier un acteur militaire impliqué dans des méthodes de recrutement douteuses, sans exiger vérité et réparations, est un choix moralement bancal et politiquement risqué. J’attends du président Ramaphosa qu’il exige des réponses claires, protège les victimes contre la stigmatisation, et transforme la gratitude affichée en une exigence publique de justice. Sans cela, la sympathie présidentielle restera une image creuse, semblable à une photo prise après la tempête mais avant l’enquête.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 27/02/202
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