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Le 24 février 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé des mesures après des heurts sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD): renforcement de la présence policière et étude pour implanter un commissariat sur le site, ainsi que la possible délocalisation partielle de l’université pour raisons de surpopulation. L’annonce vise à répondre à l’insécurité et aux débordements étudiants.
La déclaration place des décisions fortes sur la table. En quelques phrases, le chef du gouvernement a qualifié le campus « un quartier comme tous les quartiers » et affirmé que « 2 500 étudiants ne peuvent plus être parqués ici ». L’attaque verbale sur le modèle universitaire annonce une réorganisation qui va bien au-delà de la simple sécurité.
Les heurts récents ont réveillé des tensions récurrentes sur l’UCAD, lieu d’affrontements périodiques entre groupes étudiants et forces de l’ordre, avec des perturbations de l’année académique et des dégâts matériels signalés par l’administration.
La réaction gouvernementale repose sur trois leviers factuels: présence policière accrue, implantation possible d’un commissariat dans l’enceinte et réaménagement spatial, y compris des délocalisations. Ces mesures s’appuient sur l’argument de la sécurité et sur des constats de surpopulation. Les chiffres évoqués par le gouvernement sur la concentration d’étudiants servent de justification pratique aux changements envisagés. En parallèle, les ministères de l’Économie et de l’Enseignement supérieur réfléchissent à des « modèles de performance » pour l’université, ce qui traduit une volonté de transformation structurelle.
Les faits montrent plusieurs risques liés à une militarisation du campus: altération de l’autonomie universitaire, risque de criminalisation des mobilisations étudiantes et fragilisation du dialogue social. L’implantation d’un commissariat à l’intérieur d’un établissement d’enseignement supérieur modifie la relation naturelle entre campus et société; une présence policière permanente change le climat d’apprentissage et peut dissuader l’expression estudiantine. Les exemples internationaux révèlent des trajectoires comparables: dans certaines villes, l’installation de postes de police sur des campus a réduit certains troubles mais a aussi renforcé la tension entre administration et étudiants. Par comparaison, des universités qui ont privilégié le dialogue et l’investissement dans les services sociaux ont enregistré des diminutions de la conflictualité sans recours massif à la force.
Utiliser les heurts pour annoncer des mesures spectaculaires fonctionne comme un calcul politique observable dans les faits: la rapidité de l’annonce, la dramatisation des chiffres et la promesse de réformes visibles répondent à une logique de communication gouvernementale qui politise l’espace universitaire. Les décisions prises en urgence concentrent le pouvoir exécutif sur le campus et déplacent la discussion publique des problèmes étudiants vers des enjeux de sécurité nationale et d’image politique. Le choix des mots et la mise en avant d’actions symboliques risquent de transformer des revendications sociales et pédagogiques en un affrontement de pouvoir, au détriment des procédures de concertation.
Les études sur la gouvernance universitaire montrent que la rénovation des structures, l’augmentation des capacités d’hébergement et la création de services de médiation réduisent durablement les conflits. Des données publiques indiquent que le Sénégal fait face à une forte croissance démographique estudiantine sans augmentation proportionnelle des infrastructures. L’association de ces constats avec des mesures policières massives mérite une lecture critique: le financement des solutions structurelles exige des engagements budgétaires précis, non seulement des annonces de sécurité.
Les faits présentés confirment que le gouvernement propose des actions rapides après des heurts à l’UCAD: commissariat, renforcement policier et délocalisations partielles. Ces choix s’inscrivent dans une stratégie visible qui politise le campus et transforme des enjeux étudiants en démonstrations de pouvoir. Reste à voir si les autorités accompagneront ces mesures de réels investissements pour l’hébergement, la médiation et l’enseignement, ou si la communication sécuritaire prévaudra au détriment du dialogue et de la vie académique.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Massar C.
Mis en ligne : 27/02/2026
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