Confier son enfant au daara : Protection ou abandon déguisé ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Maimouna | Publié le 09/04/2026 05:04:00

Confier son enfant au daara : Protection ou abandon déguisé ?

Une femme nommée Diary, venue de Ouakam pour rendre visite à son fils placé dans un établissement coranique à Mbao, affirme avoir été violemment expulsée des lieux récemment par le maître coranique et ses assistants.

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Suite de l’article : Sa sœur aurait filmé la scène; la vidéo pourrait servir de pièce dans une procédure judiciaire. Le père de l’enfant, installé en France, serait à l’origine du placement dans ce daara, dans un contexte de divorce. Diary a annoncé son intention de déposer plainte au tribunal de Dakar.

Le récit des faits est simple et lourd: une visite refusée, une expulsion agressive et une vidéo qui circule comme preuve matérielle. Si l’on reste sur l’élémentaire, il s’agit d’un conflit familial qui a débordé dans un lieu d’éducation religieuse; la question qui suit touche à la responsabilité de tous les acteurs concernés.

Le placement d’enfants dans des daaras est courant dans la région, souvent pour des raisons éducatives ou familiales. Des signalements antérieurs évoquaient, selon des proches, des allégations de mauvais traitements dans certains établissements similaires; ici, le dossier familial et le divorce compliquent l’accès et la surveillance.

La combinaison d’un divorce, d’un déplacement transfrontalier du parent et d’un enfermement partiel de l’enfant crée un terrain propice à l’instrumentalisation. Le fait que le père, résidant en France, ait confié l’enfant au daara transforme cet établissement en relais d’une décision privée sans contrôle public visible. La présence d’une vidéo filmée par une proche introduit une preuve directe des faits allégués, mais soulève aussi la question de la protection de l’enfant exposé à l’image.

La responsabilité morale du maître coranique et de ses assistants doit être examinée sous deux angles: l’obligation de protection de l’enfant et l’usage du lieu pour trancher un conflit familial. Si l’expulsion a été violente, comme le prétend la plaignante, les personnels du daara auraient manqué à leur devoir de bienveillance et à leur obligation de signalement en cas de risque pour l’enfant. Sur le plan légal, la garde effective d’un mineur engage des obligations pénales et civiles: refus d’accès injustifié, violence ou privation peuvent constituer des infractions concernées par le code pénal et la législation sur la protection de l’enfance.

Les faits rapportés plaident pour une enquête neutre et complète. Premièrement, l’existence d’une vidéo rend possible la vérification matérielle des gestes et des paroles, ce qui dépasse la simple accusation. Deuxièmement, le contexte d’un divorce et d’un parent absent montre comment un daara peut servir de terrain de relais pour des décisions familiales sans contrôle judiciaire préalable. Troisièmement, les signalements de mauvais traitements dans d’autres structures religieuses comparables indiquent qu’il existe un risque systémique là où la surveillance étatique est faible.

Dénoncer l’instrumentalisation de l’enfant revient à pointer la transformation d’un lieu d’éducation en courroie d’éjection des conflits conjugaux. Un daara placé au centre d’un conflit risque de subir des pressions pour prendre parti, comme une école privée transformée en arbitre familial. La responsabilité morale incombe au maître coranique qui accepte de jouer ce rôle et aux parents qui externalisent le conflit en confiant l’enfant sans garanties de protection.

Des rapports d’organisations nationales et internationales montrent que les lieux d’enseignement religieux peuvent présenter des lacunes en matière de protection de l’enfance, notamment en matière d’inspection, de formation du personnel et de procédures de signalement. Dans plusieurs pays, des juridictions ont déjà condamné des responsables d’établissements pour violences ou privations; ces précédents juridiques offrent des cadres procéduraux que le tribunal de Dakar pourra invoquer.

Les faits rapportés par Diary posent des questions nettes: qui protège l’enfant quand un établissement religieux devient l’outil d’un conflit conjugal? La vidéo et la plainte annoncée ouvrent la voie à des vérifications judiciaires qui devront établir les responsabilités pénales et civiles. Au-delà du cas individuel, ce dossier illustre les failles d’un système où des daaras, parfois laissés sans contrôle, peuvent se retrou­ver au cœur d’un règlement de comptes familial, au risque de sacrifier la sécurité et les droits de l’enfant.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadidiatou Faye.
Mis en ligne : 09/04/2026

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