L’incident impliquant Azoura Fall, militant de Pastef, qui a frôlé le lynchage après avoir foncé sur une barrière de sécurité devant une mosquée à la Médina, est plus qu’un simple fait divers.
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Suite de l’article : Il révèle une contradiction flagrante entre les valeurs de rigueur, de discipline et de justice sociale que Pastef revendique, et le comportement de certains de ses membres. Je me permets, à travers cet article, d’interroger l’impact de tels agissements sur la réputation d’un mouvement qui, pourtant, a su séduire une jeunesse sénégalaise en quête de changement. ces incidents, s’ils ne sont pas condamnés et corrigés, risquent de discréditer les luttes légitimes de Pastef et d’alimenter une perception d’anarchie au sein de ses rangs.
Fondé en 2014, Pastef s’est imposé comme un mouvement politique promettant transparence, bonne gouvernance et souveraineté, des valeurs qui ont permis à Bassirou Diomaye Faye de remporter la présidentielle en mars 2024 avec 54 % des voix, puis d’obtenir une majorité écrasante aux législatives en novembre de la même année. Le parti s’est construit sur l’idée d’une rupture avec l’ancien régime, en capitalisant sur la colère d’une jeunesse politisée, lasse des abus et des inégalités.
L’affaire Azoura Fall est édifiante. Selon les faits rapportés, le militant a ignoré les consignes de sécurité près d’une mosquée, heurté un chauffeur de taxi, et failli être lynché par une foule en colère. Si la victime n’a heureusement subi que des égratignures, l’incident pose plusieurs questions :
Comment un militant d’un parti se réclamant de l’éthique et de la fraternité peut-il adopter un comportement aussi irresponsable, surtout dans un contexte où la sensibilité religieuse est cruciale au Sénégal ? Azoura Fall a été « mis à l’abri » dans la mosquée avant l’arrivée de la police. Ce traitement de faveur, réel ou supposé, alimente le sentiment d’une justice à deux vitesses, d’autant plus que le dossier n’a pas encore abouti à une arrestation formelle. La violence populaire, bien que condamnable, reflète une exaspération face à l’arrogance de certains militants, perçus comme intouchables.
Pastef se présente comme un parti discipliné, structuré et exemplaire, fidèle à des idéaux de travail, d’éthique et de fraternité. Pourtant, les comportements de certains de ses militants — refus d’obtempérer, accidents évitables, confrontations violentes — sapent cette image. Comment concilier la promesse d’une « politique de la rupture » avec de tels agissements ?
À ce jour, aucune déclaration officielle de Pastef ne condamne fermement l’incident de la Médina. Pourtant, face à des accusations de violence ou de désordre, un parti au pouvoir se doit de réagir promptement pour rassurer l’opinion publique. Le manque de transparence et de sanctions internes donne l’impression d’une tolérance envers l’indiscipline, voire d’une complicité.
Les opposants à Pastef n’hésitent pas à accuser le parti d’instrumentaliser la violence. En 2025, des figures publiques ont même porté plainte contre Pastef pour « diffusion de fausses nouvelles et diffamation », allant jusqu’à évoquer des « actes criminels » pendant les troubles de 2021-2024. Si de tels incidents se multiplient, ils pourraient servir de prétexte à une remise en cause de la légitimité du parti, voire à des mesures répressives.
Les Sénégalais, surtout les jeunes qui ont massivement soutenu Pastef, attendent des actes concrets et une exemplarité sans faille. Chaque incident non résolu érode la confiance et pourrait pousser une partie de l’électorat vers l’abstention ou l’opposition. Les tensions internes, comme celles entre Sonko et Faye, aggravent cette crise de crédibilité.
L’histoire politique récente offre des exemples édifiants. En 2021-2023, les manifestations violentes au Sénégal, souvent associées à Pastef, ont été réprimées dans le sang, avec 19 morts selon Human Rights Watch. Aujourd’hui, le parti au pouvoir ne peut plus se permettre de jouer les victimes : il doit incarner la stabilité et la responsabilité.
Ailleurs en Afrique, des mouvements comme le M5-RFP au Mali ou l’UDPS en RDC ont vu leur popularité chuter après des épisodes de violence ou de corruption interne. Pastef, s’il ne prend pas garde, pourrait suivre la même trajectoire.
Je ne remets pas en cause les idéaux de Pastef, ni les espoirs qu’il a suscités. Mais un parti qui aspire à transformer le Sénégal ne peut se permettre de tolérer l’indiscipline, l’arrogance ou l’impunité. L’affaire Azoura Fall doit servir d’électrochoc : Pastef doit condamner publiquement les comportements inacceptables, sanctionner ses militants fautifs, et réaffirmer ses valeurs par des actes, pas seulement par des discours.
Sinon, le risque est grand de voir Pastef passer, aux yeux de l’opinion, du statut de mouvement porteur de changement à celui d’un parti comme les autres, miné par l’anarchie et les contradictions. La balle est dans son camp. La crédibilité de la « rupture » promise en dépend.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 09/04/2026
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