Le 22 février 2026, le ministre guinéen de l’Administration territoriale a signé un décret dissolvant quarante partis politiques en Guinée Conakry, dont l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, le RPG d’Alpha Condé et l’UFR, et plaçant leurs actifs sous séquestre.
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Suite de l’article : L’ordonnance, prise à Conakry tard dans la nuit, prive ces formations de la personnalité juridique et interdit l’usage de leurs sigles et emblèmes.
Cette mesure intervient après l’élection présidentielle de décembre 2025, à laquelle les principaux chefs de l’opposition avaient été exclus, et dans un contexte de répression prolongée depuis la prise de pouvoir par Mamady Doumbouya en 2021. La dissolution, annoncée pour « manquement à leurs obligations », concentre les pouvoirs entre les mains de l’exécutif et fragilise les institutions partisanes. Elle suscite des réactions vives de la société civile et des mouvements politiques, qui qualifient l’acte de rupture du pluralisme.
La décision suit une série d’arrestations, d’exils forcés et de disparitions signalées depuis 2021, et intervient après l’adoption d’une nouvelle constitution en septembre 2025 permettant aux membres de la junte de se porter candidats.
La dissolution de quarante partis constitue un changement institutionnel majeur: elle élimine non seulement des acteurs politiques mais aussi les canaux organisationnels par lesquels les citoyens peuvent s’exprimer et concourir au débat public. En supprimant la personnalité juridique, l’ordonnance rend impossibles les financements publics et privés, l’organisation de forums internes, et la représentation légale devant les juridictions. Le placement des actifs sous séquestre et la nomination d’un curateur introduisent une opacité quant à la gestion des ressources des partis, sans préciser le bénéficiaire final de ces biens.
Les faits documentés depuis 2021 exposent un schéma répressif cohérent. Des dirigeants exilés, y compris des anciens présidents et des chefs de l’opposition, ont été empêchés de participer au processus électoral. Des militants et des proches de responsables politiques ont été enlevés ou sont portés disparus, selon des témoignages publics. La nouvelle constitution a étendu la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans et a ouvert la porte à la candidature des membres de la junte, modifiant de fait les règles du jeu politique au profit du pouvoir en place.
La première conséquence tangible est l’appauvrissement du débat démocratique: sans partis structurés, les élections perdent en compétitivité et en légitimité. La seconde conséquence porte sur l’État de droit: la suppression de sigles et la privation de la personnalité juridique court-circuitent les garanties procédurales qui protègent normalement les organisations politiques. La troisième conséquence touche la société civile et les citoyens: l’absence d’alternatives politiques crédibles renforce l’exclusion, accroît la frustration et fragilise les contre-pouvoirs institutionnels.
Des comparaisons éclairent ces risques. La situation ressemble à celle d’États ayant basculé vers un monopole politique, où la disparition formelle des partis d’opposition a précédé la marginalisation durable des institutions parlementaires. À un autre niveau, la mise sous séquestre des actifs rappelle des pratiques observées dans des régimes où les biens d’opposants servent à consolider l’appareil dominant plutôt qu’à garantir une administration transparente.
La sélection des faits met en évidence que la mesure n’est pas un simple nettoyage administratif mais s’inscrit dans une stratégie plus large de verrouillage politique: exclusion judiciaire des leaders, modification constitutionnelle avantageuse, répression des manifestations et disparition de militants. Ensemble, ces éléments dessinent une trajectoire vers un exercice du pouvoir de plus en plus concentré et moins contestable par les voies institutionnelles. Les conséquences sont concrètes pour les citoyens: accès réduit à des choix politiques pluralistes, risque accru de violences politiques, et affaiblissement de la représentation territoriale et sociale.
Les données économiques et sociales donnent un éclairage complémentaire: la Guinée possède d’importantes ressources minières tandis que la Banque mondiale estimait en 2024 que plus de la moitié de la population vivait sous le seuil de pauvreté. L’instabilité politique et la réduction de l’espace civique peuvent décourager les investissements durables et limiter l’accès aux services publics, deux facteurs déjà sensibles dans le pays. Des observateurs internationaux et des ONG ont signalé une hausse des arrestations politiques depuis 2021, et des organisations de défense des droits demandent des enquêtes indépendantes sur les disparitions et les enlèvements.
La dissolution des quarante partis révèle des effets concrets et mesurables sur le pluralisme politique et sur les institutions guinéennes: perte de droits juridiques pour des formations majeures, contrôle des ressources partisanes, et réduction des voies de contestation légale. Ces faits, mis en regard des réformes constitutionnelles et des épisodes de répression documentés, tracent un paysage où le pouvoir se consolide au détriment des mécanismes traditionnels de représentation. Pour la population guinéenne, la perspective qui se profile est celle d’un espace politique resserré et d’institutions rendues moins aptes à canaliser les frustrations sociales.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Assiétou B.
Mis en ligne :13/04/2026
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