Football camerounais : Otage des ego et des luttes de pouvoir - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Sport | Par Eva | Publié le 14/12/2025 04:12:11

Football camerounais : Otage des ego et des luttes de pouvoir

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L’assemblée générale élective de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), prévue ce 29 novembre 2025, s’annonce comme un nouvel épisode d’un feuilleton politique où le ballon rond n’est plus qu’un accessoire. Samuel Eto’o, seul candidat à sa propre succession, incarne une gouvernance contestée, tandis que le ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, tente en vain de faire respecter la loi. Ce bras de fer révèle une triste réalité : le football camerounais est aujourd’hui sacrifié sur l’autel des rivalités personnelles, au détriment des clubs, des joueurs et des supporters.

Je montre comment l’impuissance de l’État, la complaisance des instances internationales et les décisions unilatérales de la Fecafoot plongent le football national dans le chaos.

Depuis 2021, la Fecafoot et le ministère des Sports s’opposent sur presque tout : gestion des subventions, choix du sélectionneur, organisation des compétitions, et désormais, la légitimité même du processus électoral. Le ministre a demandé à plusieurs reprises la suspension de l’élection, invoquant des « irrégularités flagrantes » et des « menaces à l’ordre public ». En réponse, la Fecafoot brandit l’autonomie des fédérations sportives, garantie par la FIFA, et annonce la présence d’émissaires de la FIFA et de la CAF pour « garantir » le scrutin. Pourtant, cette supervision est loin d’être neutre : la FIFA et la CAF ont souvent fermé les yeux sur des dérives similaires en Afrique, tant que leurs intérêts sont préservés.

Le cas du Mali en 2024 est révélateur : la FIFA avait suspendu la Fédération malienne (Femafoot) pour ingérence politique, avant de lever la sanction une fois le comité exécutif réinstallé. Cette sélectivité dans l’application des règles interroge : pourquoi le Cameroun, où les tensions sont tout aussi graves, bénéficie-t-il d’un traitement de faveur ?

Le ministre Narcisse Mouelle Kombi, malgré ses alertes répétées, peine à faire respecter la loi. Ses prérogatives, bien que reconnues par les textes camerounais, se heurtent à l’argument de l’autonomie des fédérations, brandi par la Fecafoot et soutenu par la FIFA. Pourtant, les irrégularités sont nombreuses : exclusions arbitraires de clubs, non-respect des recommandations ministérielles, et un processus électoral où Eto’o est le seul candidat. La FIFA, qui se targue de défendre l’intégrité du football, semble ici cautionner un système où le pluralisme et la transparence sont absents.

Les clubs et les joueurs paient le prix fort. Les suspensions arbitraires et les retards dans l’organisation du championnat ont plongé les acteurs du football local dans l’incertitude. Plusieurs clubs menacent de boycotter la saison 2024-2025, faute de subventions et de visibilité. Les Lions Indomptables, quant à eux, subissent les conséquences de ces querelles : éliminés de la Coupe du Monde 2026, en crise avec leur sélectionneur imposé par le ministère, et en chute libre au classement FIFA. Les joueurs appellent à l’unité, mais comment performer dans un climat aussi toxique ?

Le ministère des Sports, bien que garant de l’ordre public sportif, voit ses recommandations ignorées. La Fecafoot, protégée par le parapluie de la FIFA, agit en toute impunité, au mépris des règles nationales.

En supervisant une élection où un seul candidat se présente, la FIFA et la CAF valident un processus qui, dans tout autre contexte, serait jugé illégitime. Leur intervention au Cameroun contraste avec leur fermeté au Mali, où l’ingérence politique avait été sanctionnée sans hésitation.

Les suspensions de clubs, les dettes non réglées et l’absence de calendrier clair hypothèquent l’avenir du championnat. Les présidents de clubs, exaspérés, dénoncent un « amateurisme » qui mine la crédibilité du football camerounais.

Sous Eto’o, les Lions Indomptables n’ont remporté aucun titre majeur et ratent les grandes compétitions. Les conflits internes, comme celui opposant Eto’o au sélectionneur Marc Brys, ont aggravé la situation.

Contrairement à des fédérations africaines mieux gérées (Sénégal, Maroc), le Cameroun cumule les retards, les sanctions financières et les crises institutionnelles. Alors que le Maroc prépare sereinement la CAN 2025 et renforce ses infrastructures, le Cameroun s’enfonce dans les divisions. La CAF, elle-même secouée par des affaires de corruption et de mauvaise gouvernance, semble incapable de jouer son rôle de régulateur.

Le 29 novembre 2025 ne sera pas qu’une élection, mais un test pour l’avenir du football camerounais. Si Eto’o est réélu dans ces conditions, ce sera la victoire des ego sur l’intérêt général, et le signal que les règles ne s’appliquent pas à tous. Le ministère des Sports, la FIFA et la CAF doivent urgemment retrouver leur rôle : protéger le football, pas ceux qui le détournent.

Le Cameroun mérite mieux qu’un football otage des luttes de pouvoir. Il est temps que les acteurs se souviennent que le ballon rond doit rester au centre du jeu et non les ambitions personnelles. Sans réforme profonde, c’est toute une génération de talents qui risque de payer le prix de ces dérives. La balle est dans leur camp.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 14/12/2025

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