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Zijin Mining, via sa filiale Zijin Gold récemment introduite à la Bourse de Hong Kong, a annoncé le rachat du canadien Allied Gold pour 3,4 milliards d’euros. L’opération porte sur des mines en production au Mali et en Côte d’Ivoire ainsi qu’un projet majeur en Éthiopie attendu pour 2026, au moment où le prix de l’once d’or a franchi les 5 000 dollars. Le motif affiché est la sécurisation de réserves à long terme pour profiter du boom des métaux précieux.
Je refuse de célébrer cet achat comme une simple réussite industrielle. J’y vois la répétition d’un modèle qui, loin d’enrichir durablement les États africains, réinstalle une dépendance ancienne sous des habits nouveaux. Ce rachat illustre une stratégie prédatrice masquée par la logique du marché.
La présence chinoise dans le secteur minier africain s’est intensifiée ces dernières années, avec des investissements massifs dans plusieurs pays et des négociations souvent discrètes entre gouvernements et entreprises.
Je crois que ce transfert de contrôle soulève trois dangers concrets pour la souveraineté des pays concernés. D’abord, la perte de contrôle sur les ressources vitales. Quand une entreprise étrangère acquiert des gisements stratégiques, l’État perd la main sur les calendriers d’exploitation, sur les choix techniques et sur la redistribution des revenus. Les contrats miniers restent souvent opaques, et les États reçoivent des redevances et des impôts qui ne reflètent pas la valeur réelle extraite. C’est une logique familière: on vend aujourd’hui des rentes futures pour des liquidités immédiates.
Ensuite, l’impact environnemental et social devient difficile à gérer indépendamment. Les grandes compagnies étrangères imposent des standards opérationnels définis loin des communautés locales. Quand un bassin minier est exploité par une entité étrangère, la surveillance environnementale repose parfois sur des accords privés plutôt que sur des institutions publiques fortes. J’ai vu des cas où les villages voisins subissaient la pollution de nappes phréatiques pendant que l’État peinait à imposer des remédiations. La souveraineté n’est pas seulement fiscale; elle est aussi écologique et sanitaire.
Enfin, il y a un enjeu géopolitique. Cette acquisition s’inscrit dans une stratégie d’expansion systématique qui ressemble à une concurrence d’influence. Comparé à l’ère des concessions coloniales, le nouvel impérialisme économique est plus subtil, mais il produit les mêmes effets: concentration de richesse hors du continent et affaiblissement des leviers politiques locaux. Comparé aussi à la diplomatie de prêts, l’achat direct de gisements verrouille durablement des intérêts privés étrangers dans l’économie nationale.
Les États africains peuvent négocier de meilleures conditions, me dira-t-on. Je réponds que la réalité du rapport de forces n’est pas neutre. Beaucoup de gouvernements acceptent des cessions faute de capacités techniques, faute de marchés internes pour refinancer les projets, ou sous la pression d’une concurrence internationale. Les recettes fiscales restent insuffisantes lorsque les prix mondiaux montent: les entreprises optimisent l’imposition, amortissent les investissements et parfois délocalisent les profits. Les modèles de partage de valeur doivent être repensés pour que le bénéfice reste visible et utile sur place.
Des pistes existent, mais elles demandent du courage politique. Il faut des clauses d’obligation de transformation locale, des règles strictes de transparence contractuelle, et des mécanismes de contrôle indépendants financés par les revenus miniers. Sans cela, le transfert de propriété se transformera en pillage masqué, avec des plateaux technologiques importés et des emplois de bas niveau pour les communautés locales.
Les comparaisons de taux de redevance montrent que certains pays africains prélèvent des parts bien plus faibles que celles observées dans d’autres régions. Les audits indépendants restent rares et les clauses de stabilisation fiscale continuent d’éroder les recettes publiques. La multiplication des acquisitions chinoises suit une courbe que les décideurs africains auraient tort d’ignorer: pertes de contrôle, faibles bénéfices locaux, tensions sociales.
Je n’accepte pas que la souveraineté soit négociée à la table des marchés sans contreparties solides pour les populations. Ce rachat est un avertissement: si l’Afrique ne renforce pas ses institutions, n’exige pas des contrats transparents et ne construit pas des chaînes de valeur locales, elle continuera à livrer ses trésors sans en tirer la pleine juste part. Il est temps que les dirigeants voient ces investissements non comme une manne automatique mais comme une responsabilité à recadrer, pour que l’exploitation des ressources serve les citoyens et non des intérêts extérieurs isolés.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Sagna Diop.
Mis en ligne : 31/01/2026
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