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Les attaques séparatistes meurtrières de ce week-end au Baloutchistan, qui ont coûté la vie à près de 90 personnes, rappellent une fois de plus que le conflit dans cette province pakistanaise ne se limite pas à une simple insurrection armée. Il s’agit d’une crise profonde, nourrie par des décennies de marginalisation économique, de répression politique et d’exploitation inéquitable des ressources naturelles. Si le gouvernement pakistanais répond par la force, cette approche ne fait qu’attiser le ressentiment d’une population abandonnée à la pauvreté et à l’injustice. Une analyse des causes structurelles du conflit révèle que, sans une refonte radicale des politiques publiques, la violence ne fera que s’amplifier.
Le Baloutchistan, qui représente 44 % du territoire pakistanais, regorge de gaz, de cuivre, d’or et d’autres minerais, ainsi que du port stratégique de Gwadar, pivot du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC). Pourtant, 70 % de ses habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et la province reste la plus sous-développée du pays. Depuis l’indépendance du Pakistan en 1947, les Baloutches dénoncent une « économie coloniale » : leurs ressources sont exploitées par des entreprises étrangères et le pouvoir central, sans que les retombées ne profitent à la population locale. Cette inégalité flagrante alimente un sentiment de spoliation et de colère, transformant le séparatisme en une réponse, certes violente, mais compréhensible à l’absence de perspectives.
Les récentes attaques, revendiquées par l’Armée de libération du Baloutchistan (BLA), s’inscrivent dans une logique de résistance à une occupation militaire perçue comme illégitime. Depuis 2004, la province est sous contrôle accru de l’armée pakistanaise, avec des milliers de disparitions forcées, des exécutions extrajudiciaires et des tortures documentées par des ONG comme Human Rights Watch. Plutôt que de désamorcer la crise, la répression systématique radicalise une jeunesse déjà désœuvrée. Les promesses de développement, comme le plan d’amnistie de 2015, n’ont jamais été suivies d’effets concrets, renforçant la défiance envers Islamabad.
Les opérations militaires, comme celles menées ce week-end, tuent des rebelles mais aussi des civils, et ne font qu’alimenter le recrutement des mouvements séparatistes. Les attaques coordonnées contre des cibles militaires et civiles montrent que la BLA et d’autres groupes disposent d’un soutien croissant, y compris parmi les femmes, signe d’une radicalisation généralisée.
Le CPEC, présenté comme un projet de développement, est perçu comme une nouvelle forme de colonisation. Les travailleurs chinois et les infrastructures du corridor sont régulièrement ciblés, illustrant le rejet d’un modèle économique qui exclut les Baloutches.
Le Pakistan accuse l’Inde de soutenir les séparatistes, tandis que l’Iran et le Pakistan s’échangent des frappes transfrontalières contre des groupes armés. Ces tensions régionales compliquent toute solution politique et risquent de transformer le Baloutchistan en un champ de bataille proxy.
La situation au Baloutchistan rappelle d’autres conflits séparatistes, comme celui du Cachemire ou du Kurdistan, où la répression militaire a systématiquement échoué à rétablir une paix durable. Dans ces régions, seule une autonomie politique et économique accrue a permis de réduire les tensions. Au Sahara occidental ou en Aceh (Indonésie), des accords de partage des ressources et de décentralisation ont montré que la voie politique était la seule viable à long terme.
La tragédie du Baloutchistan ne s’arrêtera pas par les armes. Tant que les Baloutches ne bénéficieront pas d’une part équitable des richesses de leur province, d’une représentation politique réelle et de la fin des exactions militaires, le cycle de violence se perpétuera. Le gouvernement pakistanais doit cesser de traiter le Baloutchistan comme une menace à écraser, et commencer à le considérer comme une région à intégrer, avec ses droits et ses aspirations. Sans cela, chaque attaque ne fera que confirmer l’échec d’une stratégie qui, depuis 70 ans, n’a produit que sang et désolation.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Pape Faye.
Mis en ligne : 04/02/2026
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