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La découverte, derrière le tribunal de Mbour, du corps d’un nouveau-né de sexe masculin, soigneusement emballé dans un sachet en plastique et abandonné dans une maison en construction, a plongé la ville dans la stupeur et l’émotion. Ce drame, rapporté par Dakaractu le 2 février 2026, n’est pas seulement une affaire policière. Il est le symptôme criant d’un système défaillant, où la stigmatisation des grossesses non désirées, l’absence de soutien aux femmes en détresse et l’insuffisance des politiques publiques de santé reproductive et d’éducation sexuelle transforment des vies en tragédies évitables. Ce n’est pas un cas isolé : en Afrique de l’Ouest, des situations similaires se répètent, révélant une société qui échoue à protéger ses plus vulnérables.
Au Sénégal, malgré une baisse globale de la fécondité, le taux reste élevé (4,0 enfants par femme en milieu rural), et les grossesses non désirées, surtout chez les adolescentes, sont une réalité persistante. Les obstacles à l’accès aux soins prénatals, la réticence familiale, le coût des prestations médicales et le manque d’information aggravent la précarité des femmes confrontées à une maternité non planifiée. Pourtant, le pays dispose de plans stratégiques ambitieux, comme celui intégré pour la santé de la reproduction (2016-2020), soutenu par des partenaires comme l’AFD. Mais entre les textes et la réalité, le fossé est immense : les projets peinent à toucher les populations les plus vulnérables, et les inégalités de genre persistent, laissant des milliers de jeunes filles sans recours face à une grossesse non désirée.
L’abandon du nouveau-né de Mbour n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une chaîne de défaillances : absence de structures d’accueil pour les mères en détresse, tabous persistants autour de la sexualité, et lois restrictives sur l’avortement, même en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère. Les enquêtes montrent que jusqu’à 19,3 % des femmes au Mali, par exemple, ne bénéficient d’aucune consultation prénatale, un chiffre qui reflète aussi la situation au Sénégal. Les femmes, surtout en milieu rural, subissent une double peine : celle de la grossesse non désirée et celle de l’isolement social.
Les comparaisons avec d’autres pays d’Afrique de l’Ouest sont édifiantes. Au Nigeria, en Côte d’Ivoire, ou au Mali, les cas d’abandon ou d’infanticide de nouveau-nés sont régulièrement signalés, souvent liés à la peur du rejet familial ou à l’impossibilité d’assumer un enfant. Ces drames soulignent l’urgence d’une éducation sexuelle complète et d’un accès universel à la contraception, des mesures pourtant recommandées depuis des années par les experts.
Malgré les plans stratégiques et les financements internationaux, les actions sur le terrain restent insuffisantes. Le projet SANSAS, porté par l’AFD, vise à améliorer l’accès à la santé reproductive, mais son impact est limité à deux régions (Sédhiou et Thiès). Où sont les campagnes nationales d’information ? Où sont les centres d’écoute et d’accompagnement pour les femmes en détresse ?
Une société qui criminalise l’avortement sans offrir d’alternatives sûres et accessibles pousse les femmes vers des solutions désespérées. Le Sénégal doit revoir sa législation pour autoriser l’avortement médicalisé dans les cas de viol, d’inceste ou de danger pour la santé, comme le préconisent les associations de défense des droits des femmes.
L’éducation à la sexualité, obligatoire dans les écoles depuis 2025 en France, reste timide au Sénégal. Pourtant, informer les jeunes sur la contraception et les droits reproductifs est un levier essentiel pour prévenir les grossesses non désirées et les drames qui en découlent.
Le nouveau-né de Mbour ne devait pas mourir. Sa mort est le résultat d’un enchaînement de négligences : celles d’une famille qui n’a su ni écouter ni soutenir, celles d’une société qui préfère détourner le regard, celles d’un État dont les promesses peinent à se concrétiser. Il est temps de passer des discours aux actes : renforcer les services de santé reproductive, généraliser l’éducation sexuelle, et briser les tabous qui tuent.
Ce drame doit servir de signal d’alerte. Protégeons les femmes, protégeons les enfants. L’indifférence n’est plus une option.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba Ba.
Mis en ligne : 04/02/2026
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