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La Division de lutte contre le trafic de migrants a arrêté J. O. Dominic, une ressortissante nigériane, le 28 janvier à Yeumbeul. Elle est déférée devant le parquet de Pikine-Guédiawaye pour traite d’êtres humains, exploitation sexuelle et proxénétisme; une complice répondant au nom de Natacha est recherchée. Selon l’enquête, des femmes nigérianes étaient attirées par de faux emplois et contraintes à rembourser des dettes d’environ 3 millions de francs CFA.
Je le dis sans détours: la mise en examen de la responsable est nécessaire, mais elle ne suffit pas. L’affaire révèle des failles profondes dans la manière dont la justice et la société sanctionnent les réseaux transnationaux de proxénétisme. Les rituels mystiques, les menaces et la confiscation des gains montrent une violence organisée qui exige plus qu’un renvoi devant le parquet.
La fuite de deux victimes, identifiées comme Jennifer et Chinaza, a permis le démantèlement du réseau et a mis au jour le mécanisme d’exploitation financière et psychologique utilisé par les trafiquants.
Je refuse l’illusion que le simple placement sous mandat de dépôt endigue durablement ces réseaux. Les poursuites sont une étape, mais quand les sanctions restent symboliques ou quand les peines prononcées ne correspondent pas à la gravité des faits, les trafiquants réinvestissent rapidement leur activité. L’État doit se demander si ses répressions ont un effet dissuasif réel ou si elles se contentent d’appliquer des réponses ponctuelles à des structures qui opèrent à l’échelle internationale.
D’abord, la nature transnationale du proxénétisme exige des peines qui prennent en compte le caractère organisé et lucratif du crime. Quand les recettes de la prostitution sont centralisées par une responsable qui impose une dette, nous sommes face à une entreprise criminelle. Punir la cheffe sans frapper la chaîne financière et logistique revient à couper une tête pendant que le corps se régénère. J’ai en tête des affaires comparables où, après des arrestations médiatisées, les réseaux ont continué d’exploiter des victimes faute de poursuites financières ou internationales efficaces.
Ensuite, la dissuasion passe par la sévérité proportionnée des peines mais aussi par leur application rapide et visible. Les peines planifiées mais non exécutées donnent l’impression d’une impunité tolérée. Si la justice se contente d’un signalement judiciaire sans confiscation des biens et sans coopération moyenne ou longue distance avec les pays d’origine, le message adressé aux trafiquants est ambigu: le risque existe, mais il n’est pas rédhibitoire.
Troisièmement, la dimension psychologique et culturelle de la coercition imposée aux victimes est souvent sous-estimée par les tribunaux. L’utilisation de rituels dits « joujou » et la diffusion d’images pour maintenir la terreur méritent une reconnaissance explicite comme circonstance aggravante. Je pense à un constat simple: frapper uniquement l’auteur matériel sans reconnaître la violence symbolique qui maintient l’emprise, c’est condamner les victimes à rester invisibles dans le processus pénal.
En outre, il manque fréquemment des dispositifs de suivi des victimes après leur libération. L’absence d’un programme cohérent de protection, d’accompagnement psychologique et d’insertion économique transforme la sortie de l’exploitation en retour à la vulnérabilité. La prévention judiciaire ne suffit pas si l’on ne coupe pas les motivations économiques et sociales qui alimentent le recrutement au Nigéria et ailleurs.
Pour qu’il y ait dissuasion véritable, il faut une combinaison: des peines effectives qui incluent la confiscation des bénéfices, des poursuites contre l’ensemble des maillons du réseau, et une coopération judiciaire transfrontalière renforcée. Des États confrontés au même fléau ont expérimenté des cellules spécialisées mêlant enquête financière et protection des victimes; ces modèles méritent une adaptation locale. La comparaison avec des réponses pénales plus sévères à l’étranger montre une baisse d’activité des réseaux lorsque la pression judiciaire s’exerce sur l’argent et sur la logistique, pas seulement sur les têtes d’affiche.
Je refuse l’idée que la justice puisse se contenter d’arrestations ponctuelles. Sans une stratégie punitive cohérente et des peines qui atteignent le profit, la mise en examen restera un spectacle utile pour l’opinion mais inefficace contre la récidive.
Je soutiens que la mise en examen de J. O. Dominic est une première victoire, insuffisante si elle n’est pas suivie par des mesures robustes: peines proportionnées, saisie des avoirs, poursuites ciblant la chaîne financière et coopération transfrontalière. Il faut reconnaître la complexité du crime et l’agressivité des méthodes employées contre les victimes; la réponse judiciaire doit être à la hauteur de cette cruauté organisée. Sans cela, nous aurons simplement enrôlé la justice dans un cycle d’arrestations qui ne freine pas la machine.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Babacar Sarr.
Mis en ligne : 04/02/2026
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