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Madiambal Diagne, journaliste visé par un mandat d’arrêt international pour détournement de deniers publics et blanchiment, voit sa demande d’extradition examinée par la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Versailles, avec une décision attendue le 3 mars. La défense soutient que la Convention bilatérale de 1974 exige une demande signée par le gouvernement et non par un juge d’instruction.
J’assume sans détour que ce détail procédural n’est pas anodin: il révèle une faille capable de ronger l’équité du procès et de transformer une procédure pénale en une parodie. Quand la forme trahit le fond, le risque n’est pas technique mais politique. La faiblesse de la signature et l’absence de preuve de réception officielle ressemblent à des clignotants rouges auxquels la justice française ne peut rester aveugle.
La procédure provient du Pool judiciaire financier sénégalais, appuyée par un rapport de la Centif, et la défense a produit un mémoire évoquant des pressions sur la famille et des conditions de détention préoccupantes au Sénégal.
Je refuse de minimiser l’accusation de détournement: des affaires financières exigent rigueur et vérité. Pourtant, la pièce qui fâche ici est formelle et fondamentale. Si la Convention de 1974 impose une signature gouvernementale pour une demande d’extradition, la substitution d’un juge d’instruction n’est pas une simple erreur administrative; c’est une violation des canons de la coopération judiciaire internationale. Une demande mal formée compromet l’autorité même du transfert d’un prévenu et expose le tribunal à un vice pouvant entraîner l’annulation de la procédure. C’est une question de compétence et de légitimité.
J’observe que la défense n’a pas seulement cherché une échappatoire procédurale: elle a mis en lumière l’absence de tampon officiel attestant de la réception du dossier par le ministère français de la Justice, ainsi que le flou des charges sur les dates et le rôle précis du journaliste. Ce double manque de traçabilité et de clarté fragilise la capacité d’un juge français à apprécier l’opportunité d’un renvoi sans céder aux pressions politiques.
L’angle que je défends est simple et acerbe: laisser passer une extradition fondée sur une demande irrégulière reviendrait à sacrifier les garanties procédurales sur l’autel de l’efficacité apparente. Les comparaisons sautent aux yeux. Autoriser une telle procédure, c’est accepter qu’un permis de construire soit validé sans signature du maire; c’est croire qu’un jugement peut être rendu sans que la juridiction compétente n’ait été saisie. Les conséquences ne sont pas théoriques: elles ouvrent la porte à des instrumentalisation et à des atteintes aux droits de la défense.
Je refuse aussi l’angélisme qui voudrait opposer forme et fond comme s’ils étaient séparés. La forme protège le fond. Quand une règle internationale encadre la transmission d’un dossier, elle vise à garantir la chaîne de responsabilité, l’authenticité des pièces et la prévention des pressions extérieures. Laisser ignorer cette exigence, c’est accepter d’effriter la confiance entre États et de banaliser des méthodes qui peuvent servir des règlements de comptes. La défense a évoqué une « vendetta politique »; l’expression peut choquer, mais la présence d’arrestations dans l’entourage du prévenu et des allégations de traitements inhumains rendent plausible l’idée d’une justice instrumentalisée.
En creux, la Cour d’appel de Versailles est appelée à se prononcer sur plus qu’un simple vice de forme: elle va trancher sur le modèle de coopération judiciaire que la France veut promouvoir. Si la Cour valide une demande visiblement entachée d’irrégularité, elle inaugure un précédent dangereux pour tous les prévenus étrangers et pour la protection des libertés publiques en France. Si au contraire elle refuse le transfert pour vice de forme, elle réaffirmera la primauté des règles et la nécessité d’une procédure transparente.
Les conventions d’extradition existent pour éviter l’arbitraire. Dans plusieurs affaires européennes récentes, des décisions ont été annulées pour des formalités manquantes, et les juridictions ont rappelé que la régularité procédurale est une condition de fond. La jurisprudence montre que la perte d’un seul maillon dans la chaîne documentaire suffit à neutraliser une extradition, et cela n’est pas un caprice technique mais une sauvegarde démocratique.
Je soutiens fermement que tolérer une demande d’extradition signée par un juge au lieu du gouvernement met la justice en péril et risque de transformer un procès en chasse politique. La Cour d’appel de Versailles détient l’occasion de préserver la dignité du procès et la crédibilité de la coopération internationale. J’attends de ses juges qu’ils rappellent que la procédure n’est pas un simple décor: c’est le socle qui protège les droits, sinon tout s’effrite et la justice devient sujette aux caprices du pouvoir.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Papis Fall.
Mis en ligne : 06/02/2026
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