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Le Dr Rokhaya Ndoye Mbaye, psychologue clinicienne, a expliqué récemment sur la page Facebook du Centre Hospitalier National Psychiatrique de Thiaroye à Dakar que l’addiction n’est ni un défaut moral ni une faiblesse de caractère mais une dépendance liée à une souffrance. Elle a détaillé les principes de prise en charge axés sur l’écoute, le respect et la valorisation des progrès, en appelant à rompre avec la stigmatisation.
Je défends l’idée que considérer l’addiction comme une réponse à une douleur change profondément la manière dont la société soigne et accompagne; adopter ce regard transforme la honte en action thérapeutique et ouvre la voie à des soins plus compréhensifs et réellement accessibles.
La parole de cette clinicienne s’inscrit dans un contexte où les représentations populaires associent encore trop souvent dépendance et faute morale, freinant l’accès aux services de santé mentale et à des accompagnements adaptés.
J’affirme que déplacer le regard du jugement vers la compréhension modifie immédiatement les priorités politiques et médicales. Quand on accepte que l’addiction sert d’abord à apaiser une tension intérieure, on change la question: on ne cherche plus à punir, on cherche à soulager. Cette bascule n’est pas purement sémantique; elle engage la formation des professionnels, l’organisation des structures et la communication publique.
Sur le plan clinique, reconnaître la fonction apaisante de la consommation oriente vers des interventions centrées sur la douleur originelle plutôt que vers des seules prescriptions coercitives. La mise en mots de la souffrance, l’étayage de l’estime de soi et la récompense des petits progrès deviennent alors des leviers thérapeutiques. J’ai vu, dans des pratiques hospitalières et associatives, combien la valorisation de chaque avancée réduit les rechutes et restaure la confiance. La culpabilisation, au contraire, renforce l’isolement et entretient le cercle de la consommation.
Politiquement, ce changement de représentation exige de rendre accessible des soins de proximité et des dispositifs de prise en charge non stigmatisants. Il s’agit d’investir dans des équipes pluridisciplinaires, de financer des formations pour les acteurs de terrain et d’ouvrir des consultations sans ordonnance morale. Comparer un accompagnement bienveillant à une prison de reproches illustre la différence: le premier favorise la reconstruction, le second enferme dans la répétition du mal.
Socialement, la reconnaissance de la dignité humaine comme point de départ déstabilise les réactions populaires immédiates qui veulent des sanctions visibles. Je pense qu’une société qui apprend à nommer la souffrance permet à ses membres de demander de l’aide sans craindre le déshonneur. Dans les campagnes de santé publique, remplacer le vocabulaire de la faute par celui de la douleur change la réception des messages et accroît le recours aux services.
Premièrement, les preuves empiriques montrent que les interventions basées sur l’empathie et la continuité des soins obtiennent de meilleurs résultats que les réponses punitives. Les thérapeutiques comportementales, lorsqu’elles s’insèrent dans un cadre respectueux, favorisent la reprise de contrôle. Deuxièmement, l’accès élargi à des soins adaptés réduit la charge des urgences et des institutions pénitentiaires, ce qui est économiquement rationnel et humainement souhaitable. Troisièmement, la formation des professionnels de santé et des acteurs sociaux à une approche non stigmatisante est réalisable rapidement si les priorités politiques changent.
Enrichir l’offre suppose des actions concrètes: multiplier des consultations ambulatoires spécialisées, créer des cellules d’écoute dans les quartiers, et associer les pairs-aidants qui incarnent une parole crédible. Comparer ces dispositifs à des filets de sécurité plutôt qu’à des circuits bureaucratiques aide à convaincre les décideurs et le grand public.
Des études internationales et des bilans d’expérience communautaire confirment que la réduction des risques et l’accompagnement psychologique continuent de produire des résultats mesurables sur la réduction des comportements à risque et sur l’amélioration de la qualité de vie. Les chiffres issus de programmes pilotes montrent une baisse des hospitalisations liées à la consommation lorsque l’approche privilégie le respect et la dignité.
Je suis convaincu que considérer l’addiction comme une réponse à une souffrance transforme non seulement le regard mais aussi les pratiques: l’empathie devient un outil clinique, la dignité humaine une priorité organisationnelle, et l’accès aux soins une exigence politique. Ce déplacement impose de repenser la formation, de financer des dispositifs de proximité et d’écouter les personnes concernées sans les réduire à leur comportement. Si la société accepte de soulager plutôt que de condamner, alors l’accompagnement deviendra plus humain et plus efficace, et peu à peu la honte cédera la place à l’espoir.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 06/02/2026
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