Hygiène menstruelle à l’école : Pikine montre la voie à suivre - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Santé | Par Eva | Publié le 07/02/2026 11:02:30

Hygiène menstruelle à l’école : Pikine montre la voie à suivre

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Le Réseau Siggil Jigéen, dirigé par Safiatou Diop Fall, a organisé ce mardi un atelier de plaidoyer à la commune de Pikine Guinaw-Rails Sud, dans la banlieue de Dakar, pour discuter de la gestion de l’hygiène menstruelle des jeunes filles en milieu scolaire. L’événement a rassemblé des élus locaux, des représentants de l’éducation et de la santé, et des partenaires techniques.

J’ai suivi ces échanges avec enthousiasme parce que Pikine propose plus qu’un geste symbolique: elle esquisse une feuille de route opérationnelle pour que les municipalités prennent leur part de responsabilité et transforment l’accès à l’hygiène menstruelle en droit concret pour chaque élève fille.

L’atelier s’inscrit dans un programme de quatre ans porté par l’organisation et ses partenaires, visant à mobiliser les collectivités territoriales autour de dispositifs d’infrastructures et de fourniture de produits d’hygiène pour les écoles.

J’affirme que l’expérience de Pikine mérite d’être copiée et adaptée par d’autres municipalités, et je vais expliquer pourquoi. D’abord, la combinaison d’un plaidoyer ciblé auprès des maires et d’un appui technique aux écoles constitue une démarche pragmatique : elle relie l’intention politique à des actions concrètes. Quand Safiatou Diop Fall rappelle que la santé et l’éducation relèvent des compétences locales, elle remet les clés là où elles doivent être, auprès des élus qui gèrent les budgets et les priorités de proximité. Sa phrase — «Nous sommes venus faire un plaidoyer en direction des maires pour que les collectivités territoriales puissent assurer pleinement cette mission» — sonne comme une injonction bienveillante. Je l’entends comme un appel à la responsabilité publique.

Ensuite, l’approche de Pikine marche parce qu’elle associe les acteurs scolaires et communautaires. Concilier l’aménagement de toilettes adaptées, l’approvisionnement en protections hygiéniques et l’éducation menstruelle permet de traiter la question à la fois sur le plan matériel et culturel. J’ai vu trop souvent des projets qui se contentent d’une distribution ponctuelle de serviettes, sans penser à l’entretien des sanitaires ni à la formation des enseignant·es. Pikine évite cet écueil en plaçant la maintenance et la sensibilisation au centre du dispositif.

Troisième point : la stratégie financière et institutionnelle. Une municipalité peut cofinancer des achats, intégrer la gestion menstruelle dans ses plans d’investissement et solliciter des partenariats locaux pour réduire les coûts. Ici, la comparaison avec des communes qui externalisent entièrement ces missions est utile : certaines préfèrent attendre des subventions nationales, tandis que Pikine a décidé d’agir avec les moyens locaux pour créer un effet démonstratif. Une autre comparaison tient au calendrier : un projet rapide et pilotable à l’échelle d’une commune permet d’obtenir des résultats visibles et de convaincre des voisines de s’engager.

Je défends l’idée que généraliser l’accès à l’hygiène menstruelle à l’école passe par la réplication de modèles municipaux comme celui de Pikine. Un modèle reproductible doit contenir au moins trois éléments opérationnels : des infrastructures accessibles et entretenues, un système d’approvisionnement durable en protections, et des modules pédagogiques intégrés au cursus ou aux activités périscolaires. Ces éléments se financent par une reprogrammation budgétaire locale, par des partenariats avec des ONG et par l’activation de fonds départementaux ou régionaux. Les bénéfices sont immédiats : baisse de l’absentéisme, amélioration de l’estime de soi des filles, et gain de performance scolaire. À plus long terme, investir dans cette politique locale contribue à l’autonomisation des femmes et à la résilience des communautés.

Des études menées dans plusieurs pays montrent qu’un accès correct à l’hygiène menstruelle peut réduire l’absentéisme des adolescentes de façon significative. Les projets pilotes qui intègrent la gestion des installations et la formation enregistrent des taux de fréquentation scolaire plus élevés. Sur le plan pratique, la mutualisation d’achats entre communes et la fabrication locale de protections réutilisables sont des pistes économiques et écologiques à explorer.

Je crois que les maires ont entre leurs mains un levier concret pour transformer l’existence scolaire des filles. L’exemple de Pikine prouve que ce n’est ni coûteux ni utopique de commencer par des actions locales bien calibrées. Il suffit d’une volonté politique, d’une organisation technique et d’un dialogue soutenu avec les communautés scolaires. Si d’autres municipalités s’inspirent de cette feuille de route, l’accès à l’hygiène menstruelle en milieu scolaire pourra cesser d’être une promesse pour devenir une réalité quotidienne pour des milliers de jeunes filles.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 07/02/202
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