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Le tandem Ousmane Sonko et Diomaye Faye a promis durant la campagne présidentielle la criminalisation de l’homosexualité au Sénégal, mais aucune loi formalisant cette mesure n’a été adoptée à ce jour. Récemment, la Gendarmerie a mené des opérations à Dakar et à Keur Massar, aboutissant à l’interpellation de personnalités comme l’animateur Pape Cheikh Diallo et le chanteur Djiby Dramé pour des faits qualifiés d’« actes contre nature ».
Depuis la promesse électorale, les autorités multiplient les interventions judiciaires et policières visant des réseaux supposés d’homosexuels, sans pour autant produire de texte législatif. Le contraste entre l’affichage politique et l’absence de cadre légal mérite examen, tant pour la cohérence des institutions que pour la sécurité juridique des personnes concernées.
Les arrestations signalées à Dakar et dans d’autres régions se soldent souvent par des remises en liberté faute de preuves matérielles, selon des sources judiciaires et des témoins locaux, ce qui alimente des tensions entre la société civile et le pouvoir.
Les faits rassemblés mettent en évidence un écart net entre une promesse politique et son inscription dans le droit. D’un côté, le discours présidentiel et les déclarations publiques placent la criminalisation de l’homosexualité au centre d’une stratégie politique. De l’autre côté, le Parlement n’a pas voté de loi nouvelle et la procédure pénale n’a pas produit de condamnation stable fondée sur des infractions définies par un texte clair.
Les opérations policières servent de mécanisme opérationnel: perquisitions, contrôles et interpellations ponctuelles permettent aux forces de l’ordre d’afficher une action répressive sans l’appui d’un cadre légal. Les dossiers instruits montrent que la majorité des personnes arrêtées sont relâchées pour absence de preuves directes d’actes illicites, ce qui révèle une fragilité procédurale et un risque de violations de droits.
La chronologie des interventions coïncide avec des périodes de forte visibilité médiatique du pouvoir, ce qui suggère que l’utilisation de l’appareil répressif répond autant à des impératifs de communication qu’à des nécessités de sécurité publique. La promesse non concrétisée reste un levier politique: elle permet de mobiliser une base électorale sans assumer les coûts législatifs et internationaux d’une réforme.
Les arrestations spectaculaires de figures publiques produisent un effet d’intimidation et de signalement moral, qui transforme des opérations policières ponctuelles en outils de construction de l’agenda public. La répétition de termes comme « actes contre nature » contribue à stigmatiser sans qu’un tribunal ne confirme systématiquement l’existence d’infractions, ce qui fragilise la présomption d’innocence.
L’absence d’une loi claire crée un vide juridique qui autorise des pratiques arbitraires, met en danger l’accès à la justice pour les victimes réelles et détourne des ressources policières et judiciaires de priorités sanitaires et sécuritaires. Comparé à des pays ayant codifié des infractions similaires, le Sénégal risque une escalation procédurale; comparé à des démocraties européennes, l’absence de garanties légales suscite des critiques des organisations de défense des droits humains.
Les variations observées dans les procédures montrent que les enquêtes aboutissent rarement à des éléments médico-légaux irréfutables, et que les révélations médiatiques précèdent souvent les actes d’instruction. Des organisations locales appellent à des garanties procédurales et à la fin des opérations basées sur des dénonciations anonymes.
Les faits décrits soulignent un écart factuel entre une promesse électorale forte et l’absence d’inscription de cette promesse dans le droit positif, tandis que la pratique policière compense ce vide par des opérations ponctuelles. Ce constat soulève des questions concrètes sur l’usage de la répression comme instrument politique, sur la protection des libertés individuelles et sur la priorité réelle donnée à l’intérêt public dans la conduite des affaires pénales. Les choix institutionnels qui suivront détermineront si la politique menée reste de l’affichage ou devient une transformation durable du cadre juridique.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Diarra F.
Mis en ligne : 09/02/2026
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