Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le professeur Daouda Ngom, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, a pris la parole mardi lors d’un point de presse au lendemain de tensions survenues dans plusieurs campus universitaires du pays. Il a affirmé que certaines perturbations étaient liées à « l’influence de la politique » exercée sur des dirigeants étudiants et a appelé à préserver l’autonomie des universités. Ces propos visent les foyers de contestation étudiants observés récemment.
Les mots du ministre tombent dans un climat déjà tendu, et ils méritent un examen serré tant pour leur portée que pour leurs conséquences possibles.
Les incidents universitaires ont provoqué des fermetures partielles de facultés et des interventions d’autorités locales ces derniers jours. Les administrations universitaires ont exprimé leur souhait de maintenir l’ordre sans compromettre les droits étudiants.
La formulation du ministre pose un double problème factuel. D’abord, qualifier sans précision l’action de certaines « influences extérieures » et invoquer « la politique » sans nommer d’acteurs, de mouvements ou d’exemples concrets crée une zone d’ambiguïté. Ensuite, ce flou s’inscrit dans une chaîne cause-effet bien documentée: des déclarations publiques qui stigmatisent des mobilisations peuvent être utilisées comme justification pour déployer des forces de l’ordre sur des campus, restreindre des libertés et engager des procédures disciplinaires. Des organisations internationales de défense des droits universitaires ont recensé que l’utilisation d’un vocabulaire sécuritaire autour des contestations étudiantes accélère la présence policière et la suspension d’activités académiques.
Le choix lexical du ministre renvoie à une logique de sécurisation plutôt que de dialogue. En parlant de « politique » sans élément concret, il ouvre la porte à des interprétations larges de menace, ce qui facilite des réponses administratives et policières disproportionnées. Les autorités chargées de l’ordre public disposent alors d’un prétexte verbal: si la protestation est politisée, elle devient répréhensible au nom de la sécurité institutionnelle. Le risque est documenté dans des rapports comparatifs sur la gestion des campus en période de crise où la rhétorique de « politisation » précède souvent la mise en place de mesures coercitives.
La première ligne d’argument repose sur l’exigence de précision factuelle de la part d’un ministre. Un responsable public qui accuse des « influences politiques » sans preuve empêche l’opinion et les juridictions compétentes d’évaluer la réalité des faits. La deuxième ligne s’appuie sur l’impact concret de la parole ministérielle: les autorités locales et les forces de sécurité lisent ces signaux, adaptent leurs interventions et peuvent justifier des retrouvailles policières sur le campus. La troisième ligne met l’accent sur la protection des droits universitaires: l’autonomie académique et la liberté d’expression des étudiants sont des principes qui se heurtent directement à une logique d’ordre public militarisée.
Critiquer le choix des mots du ministre exige des faits circonstanciés. Il faudrait que le ministère fournisse des éléments précis: identités ou structures accusées, preuves d’ingérence, temporalité des interventions. Sans ces éléments, la simple invocation de la « politique » alimente la peur dans les universités et légitime des réponses qui ne tiennent pas compte des procédures universitaires internes. Le vocabulaire compte: il structure l’action des administrations et des forces de l’ordre, et il influence la perception publique.
Des études universitaires comparatives montrent que la criminalisation de la contestation étudiante entraîne des interruptions pédagogiques prolongées et une augmentation des procédures disciplinaires, avec des effets mesurables sur la réussite académique. Des analyses de cas internationaux illustrent que la nuance dans le langage public réduit l’escalade, alors que la rhétorique de menace la favorise.
Les déclarations du ministre Daouda Ngom contiennent des éléments factuels indiscutables: le point de presse a eu lieu mardi et a cité une soi-disant influence politique sur des dirigeants étudiants. La critique porte sur le manque de précision de ces accusations, un vide lexical qui favorise la peur et facilite des interventions policières disproportionnées sur les campus. Demander des faits précis et privilégier le dialogue universitaire apparaît comme la voie la plus rigoureuse pour régler les tensions sans fragiliser l’autonomie académique ni restreindre les libertés étudiantes.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Badara G.
Mis en ligne : 12/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





