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La ministre de la Justice, Yacine Fall, a promis ce mardi que « tous les coupables » de la mort de l’étudiant Abdoulaye Bâ à l’UCAD seraient « traduits devant la justice ». Le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, a pour sa part annoncé des enquêtes sur les violences policières et les actions des manifestants, tout en révélant la découverte d’armes et de grenades sur le campus. Si ces déclarations visent à rassurer, elles sonnent surtout comme une tentative de calmer une opinion publique en ébullition. Pourtant, derrière les mots, c’est l’absence de transparence et la récurrence des violences policières qui interrogent.
Je ne peux m’empêcher de douter de la sincérité de ces engagements, tant les promesses de justice se heurtent à une réalité bien plus sombre : celle d’un État qui, trop souvent, échoue à protéger ses citoyens, surtout les plus vulnérables.
L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, emblème de l’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest, est devenue ces derniers mois le théâtre de violences récurrentes. Les étudiants, en colère contre les retards de paiement des bourses et la fermeture des restaurants universitaires, se heurtent à une répression policière de plus en plus brutale. Le décès d’Abdoulaye Bâ, étudiant en médecine, survenu après une intervention musclée des forces de l’ordre, n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis des années, les campus sénégalais sont le lieu de tensions entre jeunes en quête de justice sociale et un État qui répond par la force plutôt que par le dialogue. Les images de gaz lacrymogènes tirés dans les chambres, de portes enfoncées, et de étudiants blessés ou arrêtés, circulent sur les réseaux sociaux, témoignant d’une dérive inquiétante.
Les autorités multiplient les annonces : enquêtes en cours, promesses de sanctions, engagement à faire la lumière. Pourtant, la société civile et les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International Sénégal, la RADDHO ou la LSDH, réclament à cor et à cri une enquête indépendante, estimant que les investigations menées par l’État manquent de crédibilité. Comment croire en l’impartialité d’une justice quand ce sont les mêmes institutions qui sont accusées de violences ? Les déclarations du ministre de l’Intérieur, qui reconnaît lui-même des « actes de violence » de la part des forces de l’ordre, ne font qu’alimenter la défiance. La découverte d’armes et de grenades dans les chambres d’étudiants, brandie comme une justification de l’intervention policière, ne doit pas servir de prétexte pour éluder les responsabilités de l’État. D’autant que les étudiants et leurs représentants dénoncent des perquisitions arbitraires et des tortures, comme dans le cas d’Abdoulaye Bâ, mort dans des circonstances troubles après avoir été « torturé » selon l’Amicale des étudiants de la Faculté de médecine.
Premièrement, la récurrence des violences policières sur les campus révèle un problème structurel. Les forces de l’ordre, mal formées et souvent en proie à la nervosité, agissent avec une brutalité disproportionnée, comme le soulignent plusieurs rapports d’ONG. Deuxièmement, la fermeture du campus social, présentée comme une mesure de sécurité, ressemble davantage à une punition collective qu’à une solution. Enfin, le gouvernement semble plus préoccupé par la protection des infrastructures que par la vie des étudiants. Comment expliquer autrement que des grenades lacrymogènes aient été tirées à bout portant dans des espaces confinés, mettant en danger des centaines de jeunes ?
La comparaison avec d’autres pays d’Afrique de l’Ouest est édifiante. Au Ghana ou en Côte d’Ivoire, les mouvements étudiants, bien que parfois tendus, sont gérés avec davantage de dialogue et de respect des droits fondamentaux. Au Sénégal, en revanche, la réponse est systématiquement sécuritaire, comme si l’État voyait dans chaque revendication une menace à son autorité plutôt qu’une opportunité de réforme.
Si la justice doit effectivement passer, elle ne saurait être le seul remède. Il est urgent de repenser la gestion des conflits sur les campus, de former les forces de l’ordre au maintien de l’ordre dans le respect des droits humains, et de répondre enfin aux revendications légitimes des étudiants. Les promesses de sanctions ne suffiront pas à apaiser les tensions si rien n’est fait pour prévenir de nouveaux drames. La mort d’Abdoulaye Bâ doit servir de déclic : le Sénégal mérite mieux qu’un cycle sans fin de violences et de promesses non tenues. L’État a le devoir de garantir la sécurité de tous, étudiants comme policiers, mais aussi de restaurer la confiance en une justice indépendante et équitable. Sans cela, chaque nouvelle tragédie ne fera qu’approfondir la fracture entre le pouvoir et la jeunesse.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 12/02/2026
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