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L’Assemblée nationale a officiellement enclenché la procédure de mise en accusation devant la Haute Cour de justice contre Me Moussa Bocar Thiam et Abdoulaye Diouf Sarr, deux anciens ministres sous le régime de Macky Sall. Cette annonce, saluée par certains comme un pas vers la transparence, mérite une lecture plus nuancée. En effet, l’histoire récente du Sénégal montre que de telles initiatives, bien que symboliquement fortes, peinent souvent à aboutir à des sanctions concrètes.
Entre les lenteurs procédurales, les blocages techniques et les suspicions de règlement de comptes, le risque est grand que cette nouvelle procédure s’ajoute à la longue liste des dossiers judiciaires restés sans suite.
La Haute Cour de justice, institution rarement sollicitée depuis l’indépendance, est censée juger les plus hautes autorités de l’État pour crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions. Pourtant, malgré son installation fin 2024 et la médiatisation de plusieurs affaires, les résultats concrets se font attendre. À ce jour, seuls deux anciens ministres ont été renvoyés devant cette juridiction, et encore, leur procès n’a pas abouti à des condamnations effectives. Les dossiers concernés – comme celui du Parc des technologies numériques (PTN) ou la gestion des fonds Covid-19 – sont certes sensibles, mais leur traitement judiciaire traîne en longueur, laissant planer le doute sur la volonté réelle de rendre justice.
Prenons l’exemple du PTN, aujourd’hui rebaptisé Sénégal Connect Park. Malgré l’incarcération de plusieurs cadres sous l’ancien régime, les suites judiciaires restent floues, et le projet lui-même, bien qu’avancé à 87 %, n’a toujours pas fait l’objet d’un bilan judiciaire clair. De même, le rapport de la Cour des comptes sur les fonds Covid-19, publié dès 2022, a révélé des malversations à grande échelle, avec des demandes d’ouverture d’informations judiciaires contre dix responsables. Pourtant, deux ans plus tard, les condamnations se font rares, et les procédures s’enlisent dans des débats techniques ou des recours juridiques.
Premièrement, la lenteur de la justice sénégalaise est un fait établi. Les magistrats eux-mêmes reconnaissent un manque chronique de moyens, ce qui retarde systématiquement les verdicts. Deuxièmement, les suspicions de partialité politique pèsent sur ces procédures. Plusieurs observateurs soulignent que les dossiers ciblés concernent presque exclusivement des figures de l’ancien régime, alimentant l’idée d’un règlement de comptes plutôt que d’une quête impartiale de justice. Enfin, l’expérience passée montre que les procédures devant la Haute Cour de justice, bien qu’inédites, ne garantissent pas une issue rapide ou équitable. L’affaire Idrissa Seck en 2005, ou plus récemment celle de Sophie Gladima et Ismaïla Madior Fall, illustrent cette tendance : des années de procédure pour des résultats souvent symboliques.
Comparons cette situation à d’autres contextes africains. Au Mali, la Cour de justice de l’UEMOA a su trancher rapidement sur des sanctions jugées illégales, montrant qu’une justice efficace est possible. Au Sénégal, en revanche, la machine judiciaire semble patiner, notamment quand il s’agit de sanctionner d’anciens ministres. Les citoyens, légitimement en attente de transparence, pourraient bien être déçus une fois de plus.
Si la mise en accusation de Me Moussa Bocar Thiam et Abdoulaye Diouf Sarr marque une étape importante, elle ne suffira pas à restaurer la confiance dans les institutions. Pour que la reddition des comptes ne reste pas une coquille vide, il faut accélérer les procédures, garantir leur indépendance, et surtout, s’assurer que les sanctions soient à la hauteur des fautes commises. Sans cela, cette initiative ne sera qu’un nouvel épisode d’une justice sélective, où les symboles priment sur les actes.
Je reste convaincu que la justice doit être rendue, mais elle doit l’être de manière équitable et efficace. Sinon, le Sénégal risque de perdre une occasion historique de tourner la page des impunités passées.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 13/02/2026
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