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Le 9 février 2026, à Dakar, l’avocat Magatte Sène affirme avoir été bousculé, injurié et empêché d’exercer son rôle au Commissariat central de Dakar alors qu’il venait assister deux étudiants interpellés la nuit même; il a déposé une plainte auprès du parquet général visant des agents pour violences, voies de fait, injures et entrave à l’exercice de la profession d’avocat. Les faits se seraient produits vers 23h30, après une demande d’entretien confidentiel avec ses clients.
L’événement pose une question simple et lourde: jusqu’où la police se permet-elle de contourner les garanties procédurales? L’incident choque les membres du barreau, qui parlent d’atteinte à la dignité professionnelle et aux droits de la défense, et il relance le débat sur la responsabilité des forces de l’ordre face à des citoyens et à leurs représentants légaux.
L’intervention survient dans un contexte de tensions lors d’arrestations étudiantes et d’une attente de réactions institutionnelles sur le traitement des personnes détenues; le bâtonnier a préféré une démarche d’apaisement plutôt que la diffusion d’un communiqué.
Le dépôt de plainte par Me Sène cristallise plusieurs réalités factuelles et problématiques du système: d’abord l’exclusion supposée d’un avocat du lieu d’audience avec son client, ensuite l’usage de la force physique et verbale contre un auxiliaire de justice, enfin l’absence apparente de contrôle immédiat ou de sanctions disciplinaires. Ces éléments correspondent à des indices concrets d’impunité opérationnelle quand des agents, dans l’exercice de missions régaliennes, semblent ignorer les garanties légales prévues pour la défense et l’accès à un conseil.
Les effets concrets sur l’État de droit sont mesurables: un avocat empêché d’interroger son client compromet la confidentialité des échanges et la préparation de la défense, rendant la procédure vulnérable aux vices de forme et aux nullités. Ce type d’incident alimente la défiance des justiciables envers les institutions policières et judiciaires, et il réduit la marge de manœuvre des avocats pour assurer un procès équitable.
Plusieurs faits renforcent la thèse d’une culture d’impunité. Des plaintes similaires, déposées ces dernières années contre des agents en exercice, ont souvent stagné sans suites disciplinaires rapides; des interlocuteurs du barreau évoquent le recours fréquent à des justifications administratives au détriment d’enquêtes transparentes. La logique administrative protège parfois le fonctionnaire mis en cause, et la sanction pénale reste rare. En comparaison avec des standards régionaux où la création d’inspections indépendantes a permis des suites effectives, la réponse locale paraît timide. En comparaison avec certaines démocraties où l’obligation de rendre compte est assortie de contrôles citoyens, l’encadrement actuel paraît lacunaire.
Des éléments accessibles montrent que l’ONU et plusieurs ONG recommandent la formation continue des forces de l’ordre sur les droits de la défense et la mise en place d’instances d’enquête indépendantes pour instruire les accusations contre la police. Les barrières procédurales, le manque de transparence des enquêtes internes et l’absence de suivi statistique public des plaintes contre les agents renforcent le risque de récidive et fragilisent la confiance publique.
L’incident au commissariat n’est pas isolé: il révèle des mécanismes institutionnels où la priorité opérationnelle prime sur les garanties légales, et où l’absence de sanctions visibles crée un terrain propice aux atteintes répétées aux droits fondamentaux. Quand un avocat est traité comme un perturbateur, les droits de tous les justiciables sont affaiblis.
Les faits tels que décrits par la plainte de Me Sène constituent un signal d’alarme pour la protection des droits fondamentaux et pour la crédibilité des institutions. Sans procédures d’enquête réellement indépendantes et sans contrôle effectif des agents, chaque geste de violence ou d’entrave laisse une trace durable sur l’accès à la justice. Le dossier ouvre une fenêtre sur la nécessité d’un suivi transparent des plaintes et d’une culture professionnelle policière qui reconnaisse l’avocat comme partenaire de l’application du droit, non comme adversaire.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Maimouna N.
Mis en ligne : 13/02/2026
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