De supporters à otages judiciaires : Les droits de 18 Sénégalais bafoués au Maroc - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Eva | Publié le 13/02/2026 02:02:00

De supporters à otages judiciaires : Les droits de 18 Sénégalais bafoués au Maroc

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Dix-huit supporters sénégalais détenus à Rabat, au Maroc, ont été déférés au parquet ce jeudi 12 février 2026 et présentés au procureur du Roi après des auditions conduites sans interprète en wolof, selon leur défense. Me Patrick Kabou, avocat de plusieurs d’entre eux, affirme qu’ils ignorent encore les chefs d’accusation et qu’ils n’ont pas pu se défendre lors des interrogatoires.

La situation change de statut: de simples supporters, ces hommes se retrouvent décrits par leur avocat comme des otages judiciaires, privés d’un accès effectif à la langue et à l’information. La précision sur la date et le lieu laisse peu de place à l’ambiguïté; reste la question du cadre légal et des garanties qui entourent leur détention.

Les auditions sans interprète et le déferrement au procureur s’inscrivent dans un contexte de tensions entourant des incidents survenus lors d’un déplacement de supporters, dont la nature exacte des faits n’a pas été rendue publique par les autorités marocaines au moment des présentations devant le parquet.

La transformation de supporters en «otages», telle que formulée par l’avocat, expose plusieurs failles factuelles et procédurales susceptibles de favoriser l’impunité. D’abord, l’absence d’interprète en wolof constitue une atteinte au droit de la défense selon les standards internationaux: un prévenu doit comprendre les charges pour pouvoir y répondre. Quand la communication entre la personne détenue et l’autorité judiciaire fait défaut, la procédure devient vulnérable à l’arbitraire.

Ensuite, le silence sur les chefs d’accusation au moment du déferrement est une anomalie qui empêche toute contestation immédiate et toute préparation de défense. Dans des systèmes où les mécanismes de contrôle indépendant fonctionnent, une notification claire et rapide des accusations est une règle de base. Ici, l’absence de transparence crée un vide favorable aux erreurs et aux abus.

Enfin, l’isolement procédural, sans traduction ni explication, fragilise les recours ultérieurs: preuves mal recueillies, témoignages incohérents, délais de prescription mal maîtrisés. Les cas comparables montrent que, sans supervision judiciaire indépendante, des dossiers bâclés peuvent aboutir à relaxes tardives mais irréparables pour les victimes de détention arbitraire.

La sélection de faits publics met en lumière un risque concret: quand les garanties de procédure sont évincées, l’impunité prospère. L’absence d’interprète équivaut à une suspension du droit à un procès équitable; le manque de communication des griefs annule la possibilité d’un réexamen effectif; le placement en détention provisoire sans contrôle extérieur ouvre la porte à des prolongations injustifiées. Ces éléments, pris ensemble, ne prouvent pas une condamnation fautive mais signalent une trajectoire où l’arbitraire peut s’installer.

Des comparaisons éclairent le péril: dans certains pays, des groupes de supporters ont été détenus et ensuite blanchis faute d’éléments, laissant les prévenus sans réparation; ailleurs, l’intervention de mécanismes indépendants a permis de corriger des erreurs avant qu’elles ne deviennent des condamnations. Le contraste montre que l’existence de mécanismes de sanction et de contrôle crédibles change tout.

Les principes du droit international pénitentiaire et des droits de l’homme imposent l’accès à un interprète lorsque la personne détenue ne maîtrise pas la langue de procédure, ainsi que la notification immédiate des accusations. Les organes internationaux ont documenté des centaines de cas similaires où l’absence de ces garanties a entraîné des détentions arbitraires. Les chiffres disponibles sur les recours pour détention illégale indiquent que les personnes privées de défense obtiennent rarement réparation sans aide juridique soutenue et indépendance judiciaire robuste.

Les faits rapportés — auditions sans interprète, présentation au parquet sans connaissance des charges — dressent le portrait d’un processus qui laisse planer le risque d’impunité et d’arbitraire. La description donnée par l’avocat comme prise d’otage judiciaire n’est pas un slogan mais l’alerte factuelle sur des garanties élémentaires absentes. Sans mécanismes indépendants et des voies de contrôle effectives, la justice risque de devenir un instrument de décisions opaques plutôt qu’un rempart contre les abus.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Lamine T.
Mis en ligne : 13/02/2026

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